Olivier Père

Nuits de cauchemars de Kevin Connor et La Nuit des vers géants de Jeff Lieberman

Fans de « hicksploitation », ces deux films sont pour vous. Les amateurs de films d’horreur pas trop sérieux seront également comblés. Productions indépendantes, Nuits de cauchemars de Kevin Connor et La Nuit des vers géants de Jeff Lieberman sont des fleurons de l’horreur rurale, qui s’amusent du folklore « redneck » et possèdent un solide sens de l’humour noir.

On est surpris de retrouver le britannique Kevin Connor, qui avait signé un bon film d’épouvante à sketches pour la Amicus et plusieurs adaptations de Edgar Rice Burroughs – avec des dinosaures en plastique – dans son pays d’origine, aux commandes d’un film initialement proposé à Tobe Hooper. Il est vrai que Nuits de cauchemars (Motel Hell, 1980) rappelle par son atmosphère malsaine et ses ingrédients – fratrie dégénérée, touristes dépecés et cannibalisme – Massacre à la tronçonneuse et Le Crocodile de la mort. Kevin Connor se révèle moins baroque que Hooper, même s’il a lui aussi recours à des couleurs criardes et qu’il encourage ses comédiens à cabotiner. Nuits de cauchemars est avec Creepshow de Romero l’un des films qui s’approche le plus de l’esthétique et de l’esprit des E.C. Comics, ces bandes dessinées pour adultes aux histoires macabres, peuplées de personnages hideux au moral comme au physique.

L’argument de Nuits de cauchemars est célèbre et le film tient les promesses de son affiche. Un fermier et sa sœur, également patrons d’un motel (le fameux « Motel Hell » du titre original), sont réputés pour la qualité de leur viande fumée, garantie sans conservateur et que s’arrachent les gourmets. L’origine de cette viande est inhabituelle, car il s’agit en fait de viande humaine que le fermier se procure en kidnappant puis tuant des clients de son motel ou des voyageurs imprudents. Le fermier psychopathe est interprété par Rory Calhoun, ancien second couteau du western apparu en vedette du Colosse de Rhodes de Sergio Leone. Méconnaissable, il s’est glissé dans la salopette de ce dingue avec une conviction inquiétante. L’actrice qui joue sa sœur, Nancy Parsons, au physique très particulier, est moins connue mais sa performance n’est pas piquée des hannetons non plus.

Nuits de cauchemars de Kevin Connor

Nuits de cauchemars de Kevin Connor

On trouve dans Nuits de cauchemars deux séquences atroces. Les victimes du fermier engraissées comme des oies, enterrées vivantes jusqu’au cou au fond d’un jardin, les cordes vocales tranchées, et un assaillant armé d’une tronçonneuse avec une tête de cochon en guise de masque, clin d’œil charcutier à Leatherface.

On creuse un peu plus profond dans le mauvais goût et les stéréotypes « hillbilly » avec La Nuits des vers géants (Squirm, 1976) premier film de Jeff Lieberman tourné dans un coin perdu de la Géorgie, avec la participation d’acteurs locaux – et d’autres qui exagèrent leur accent sudiste.

La Nuit des vers vivants de Jeff Lieberman

La Nuit des vers géants de Jeff Lieberman

L’action du film se traîne en longueur (forcément, des vers…) et exploite le filon du bestiaire fantastique et du gigantisme, alors en vogue sur les écrans des « drive-ins » – le film est une production American International Pictures (AIP), compagnie spécialisée dans les films de genre à petit budget.

Les agressions des vers – échappés par milliers du camion d’un éleveur – inspirent le dégoût escompté, sans que la mise en scène et le scénario ne parviennent à instaurer un véritable climat d’angoisse. C’est finalement pour ses temps morts, description avachie et moite d’une communauté rurale isolée au cœur d’une nature hostile, que le film mérite d’être vu. Jeff Lieberman fera mieux par la suite en signant deux petits films d’horreur satiriques et originaux, Le Rayon bleu et Au service du diable. Il récidivera aussi dans la « hicksploitation » avec Survivance, croisement opportuniste entre le Délivrance de John Boorman et les « slashers » des années 80.

 

 

Les deux films sont disponibles en DVD et blu-ray dans une nouvelle collection « trésors du fantastique » éditée par Movinside.

 

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2 commentaires

  1. olivier Saison dit :

    Bonjour M. Père,
    Ne s’agirait-il pas plutôt de « Au service de Satan » de Lieberman (Satan’s little helper) ? Sinon, ce serait le film de Jean Brismée…
    Cordialement,
    OS

    • olivierpere dit :

      Oui vous avez raison, j’ai confondu les deux titres. Le film de Jean Brismée, curieuse tentative de fantastique italo-belge, s’est aussi appelé La Nuit des pétrifiés…

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