Olivier Père

Harmonium de Kôji Fukada

Cinquième long métrage de Kôji Fukada (né en 1980), cinéaste remarqué en France avec Au revoir l’été, Harmonium (Fuchi Ni Tatsu) surprend et nous entraîne sur le versant sombre de l’œuvre du cinéaste japonais, grand admirateur de Rohmer mais aussi de Balzac. C’est bien d’une « ténébreuse affaire » dont il s’agit ici : le retour du passé enfoui d’un tranquille artisan père de famille dans une petite ville de banlieue, à l’occasion de la réapparition de son ancien complice condamné à une peine de dix ans prison pour meurtre. A la surprise de son épouse l’homme offre travail et logis à son ami. Peu à peu ce dernier s’introduit dans la vie privée du couple, apprend à jouer de l’harmonium à leur fillette, et entreprend de séduire la maîtresse de maison. Un drame aussi atroce que brutal va briser cet étrange équilibre. Huit ans plus tard, après une ellipse invisible, l’histoire va se poursuivre et se répéter de manière inattendue. Harmonium met en place un dispositif d’observation clinique d’une grande cruauté, selon les principes de la visitation et de la répétition. C’est aussi un film implacable sur le couple, et l’impossibilité ontologique de réellement connaître son conjoint. Ici le mensonge entoure le mari, qui a caché ses exactions de jeunesse à son épouse, tandis que cette dernière éprouve une attirance secrète pour l’intrus, désir qui sera indirectement à l’origine d’une nouvelle tragédie. Fukada filme le bord de l’abîme, des destinées aux lignes brisées, la tentation des gouffres criminels. Pour toutes ces raisons Harmonium est sans doute l’un des films les plus éprouvants découverts à Cannes l’année dernière – il était présenté dans la section Un Certain Regard. C’est aussi l’un des mieux mis en scène et interprétés. Mention spéciale à Asano Tadanobu terrifiant en figure ordinaire du mal, qui incarne un meurtrier aux antipodes de tous ceux qu’on a pu voir à l’écran.

Harmonium sort le 11 janvier en salles, distribué par Version Originale / Condor.

Kôji Fukada © Bertrand Noël

Kôji Fukada © Bertrand Noël

 

 

Catégories : Actualités

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *