Olivier Père

La Chute de l’empire romain de Anthony Mann

ARTE diffuse La Chute de l’empire romain (The Fall of the Roman Empire, 1963) de Anthony Mann lundi 26 décembre à 20h50. Le film sera également disponible en télévision de rattrapage pendant sept jours, sur ARTE+7.

Si Quo Vadis a relancé la mode du péplum à Hollywood au début des années 50, La Chute de l’empire romain de Anthony Mann va en sonner le glas lors de la décennie suivante. Cette superproduction de Samuel Bronston figure dans la liste des films les moins rentables de toute l’histoire du cinéma, avec seulement 1,9 million de dollars de recette en Amérique du Nord pour un budget de plus de 20 millions de dollars. Cet échec entraînera la faillite de Bronston, producteur indépendant qui s’était spécialisé dans les films historiques à grand spectacle tournés en Espagne. Cette déconvenue commerciale, qui confirme l’essoufflement du péplum auprès des spectateurs américain, peut s’explique par l’absence d’une grande vedette masculine au générique. Charlton Heston et Richard Harris initialement prévus dans les rôles de Livius et Commode se désistèrent et furent remplacés par Stephen Boyd et Christopher Plummer. Sophia Loren retrouve son réalisateur et son producteur du Cid et se montre excellente tragédienne dans le rôle de Lucilla, la fille de l’empereur Marc-Aurèle, mais sa seule présence ne parvint pas à attirer en masse le public. La Chute de l’empire romain mérite pourtant d’être réhabilité et compte parmi les plus beaux films historiques hollywoodiens. Anthony Mann est un grand cinéaste qui signa plusieurs classiques du western et sa mise en scène embrasse les décors naturels avec majesté. Cependant, c’est dans les scènes intimes et les affrontements verbaux que le film atteint des sommets. Les auteurs – les scénaristes Ben Barzman, Basilio Franchina et Philip Yordan – ont opté pour une approche adulte et sérieuse de leur sujet, et pris la décision de privilégier la réflexion à l’action. Le film s’interroge sur les origines et les raisons profondes de l’effondrement de l’Empire romain, à son apogée au début du récit. Il s’appuie sur des faits historiques mais s’oriente vers la tragédie shakespearienne, en contant une histoire de rivalité, de jalousie et de folie au sein de la famille impériale, où la quête effrénée du pouvoir conduit à la trahison, au meurtre et à la guerre. Ainsi La Chute de l’empire romain, avec ses personnages névrosés – Commode, homosexuel parricide, inapte au trône d’empereur et fasciné par la violence des combats de gladiateurs – ou déchirés par des dilemmes moraux, partagés entre l’amour et le devoir, rejoint l’approche intimiste et psychologique de l’autre grand péplum de 1963, Cléopâtre de Joseph L. Mankiewicz, chef-d’œuvre de démesure et d’intelligence. Il accorde plus d’importance aux dialogues – ce qui permet de savourer les interprétations des superbes comédiens britanniques Alec Guinness et James Mason – qu’aux scènes spectaculaires, malgré le gigantisme des décors et de la figuration. Un hommage paradoxal fut rendu à La Chute de l’empire romain en 2000. Le triomphal Gladiator de Ridley Scott qui allait relancer la mode du péplum à Hollywood raconte la même histoire que le film de Mann, sans que cette source d’inspiration ne soit à aucun moment mentionnée, ni au générique ni lors de sa promotion.

 

 

 

 

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