Olivier Père

Seuls sont les indomptés de David Miller

Dans le cadre de son hommage à Kirk Douglas, ARTE diffuse Seuls sont les indomptés (Lonely Are the Brave, 1962) de David Miller lundi 19 décembre à 22h20, après L’homme qui n’a pas d’étoile. Revoir les deux films l’un à la suite de l’autre permettra de vérifier à quel point Seuls sont les indomptés prolonge le chef-d’œuvre de King Vidor, avec son personnage de cow-boy réfractaire au progrès, ivre de son indépendance et de la vie au grand air. Dans les deux films les personnages incarnés par Kirk Douglas expriment leur aversion pour les fils de fer barbelés, symboles de la propriété privée et du cloisonnement des grands espaces américains. Mais Seuls sont les indomptés est un western moderne. Son histoire est contemporaine de son tournage. Le réalisateur joue sur les anachronismes et le choc des images lorsque des camions, des voies à grande vitesse ou des avions à réaction surgissent au milieu des paysages intemporels des plaines du Nouveau Mexique. Jack Burns, gardien de troupeau, est né avec un siècle de retard. Hors de la société, il vit en communion avec la nature, ne fréquente la ville que contraint et forcé et ne respecte aucune règle. Son plus fidèle compagnon est son cheval Whisky, à l’étrange crinière blanche, qui lui permettra d’échapper à la police dans la traque qui occupe la dernière partie du film. Son mode de vie qui correspond à celui des cow-boys du XIXème siècle est aujourd’hui celui d’un sympathique marginal, d’un déclassé, dont le comportement imprudent va précipiter la disparition. Il y a beaucoup de désenchantement dans ce film qui n’exalte pas le goût de la liberté de son personnage mais en souligne les limites, et les conséquences pathétiques. Sur des thématiques proches de celles de Sam Peckinpah, qui réalisera dix ans plus tard un autre beau western moderne sur le monde du rodéo – Junior Bonner – David Miller signe un film émouvant, dont les images en noir et blanc renforcent l’âpre mélancolie et la beauté contemplative. David Miller demeure un cinéaste très méconnu. La réussite de Seuls sont les indomptés lui fut contestée par le producteur et la star du film, qui s’attribua le mérite de la mise en scène. Cette assertion reste cependant douteuse. Miller a réalisé d’autres bons films, tandis que les deux longs métrages dirigés par Kirk Douglas n’ont pas laissé une forte impression. Seuls sont les indomptés bénéficie d’un scénario remarquable de Dalton Trumbo (d’après un roman d’Edward Abbey), et de l’une des meilleures interprétations de Kirk Douglas, au jeu toujours aussi intense, bien entouré par la jeune Gena Rowlands et Walter Matthau, génial en shérif flegmatique.

 

 

 

 

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