Olivier Père

ARTE Kino Festival : Bella e perduta de Pietro Marcello

Pietro Marcello est un documentariste italien né en Campanie en 1976. Son dernier film en date, Bella et perduta, transcende toute tentative de catégorisation mais s’inscrit néanmoins dans une longue lignée d’essais poétiques, avec l’œuvre de Pier Paolo Pasolini comme référence la plus nette, ancrage méridional, attention aux traditions et croyances populaires obligent. Pourtant, par son brassage d’éléments hybrides, de fusion constante entre la fable et le documentaire, un temps mythique et la réalité, le monde des humains et celui des animaux, Bella e perduta invente sa propre forme élégiaque, une manière unique de faire et de penser le cinéma, pour parler d’un héritage commun au travers d’un récit exceptionnel. Avec Bella e perduta Marcello dresse le constat désolé d’une société qui court à sa perte, et dont le salut ne peut provenir que d’interventions solitaires et sacrificielles.

Tomasso dans Bella e perduta de Pietro Marcello

Tommaso Cestrone dans Bella e perduta de Pietro Marcello

Dans Bella e perduta Pietro Marcello s’intéresse aux destins croisés de personnages issus de dimensions différentes. Le premier, Tommaso, simple berger, est le gardien d’un palais abandonné dans la région de Naples, la Reggia di Cardiletto, ancienne résidence des Bourbons. Il a consacré une grande part de sa vie à la sauvegarde et à la protection bénévole, seuls contre tous, de ce trésor architectural et historique en proie au pillage et réduit à l’état de décharge par la Camorra. Tommaso n’aura pas le temps de voir la Reggia di Cardiletto réhabilitée par l’état et de nouveau ouverte aux Italiens. Il décède un soir de Noël, dans sa modeste caravane, épuisé par des années de combat. C’est la partie documentaire de Bella e perduta, écourtée par la disparition durant le tournage de Tommaso, berger au visage grave et lumineux dont le souvenir plane sur tout le film. Le second est Pulcinella (nom italien de Polichinelle), personnage masqué et mutique du folklore de la Campanie, intermédiaire entre les vivants et les morts qui est envoyé sur terre par ses maîtres divins pour exhausser les dernières volontés de Tommaso. Il émerge du Vésuve pour sauver de l’abattage un petit bufflon orphelin que le berger avait recueilli. Ainsi le troisième personnage de cette histoire est-il Sarchiapone, bébé buffle mâle, doté d’une voix intérieure et dont le film adopte régulièrement la vision subjective, animal malheureux séparé de son maître par la mort et livré à un sort incertain, obligé de fuir les hommes, inutile à leurs yeux car ne donnant pas de lait. Pulcinella et Sarchiapone vont ainsi entamer un périple hasardeux vers le Nord, traversant les paysages de la Campanie, campagnes désertées par l’exode rural, Italie « belle et perdue » où un lien ancestral s’est brisé entre les hommes et la nature, les hommes et les dieux. Bien entendu le réalisateur n’impose pas de hiérarchie entre ces trois personnages, de même qu’il compose avec une douceur et une mélancolie infinies une mosaïque faite d’images d’archives, documentaires, reconstitutions et visions fantastiques. Œuvre magistrale à la fois hors du temps et ancrée dans l’Italie contemporaine, Bella e perduta s’impose comme le film manifeste du nouveau cinéma italien, enfin prêt à renaître de ses cendres. Un cinéma de poésie et de résistance, esthétique et politique, archaïque et moderne.

Bella e perduta

Bella e perduta de Pietro Marcello

Bella e perduta, découvert en compétition au Festival del film Locarno en 2015 et sorti en France le mercredi 1er juin 2016 (distribué par Shellac), fait partie des dix films européens sélectionnés à l’occasion de la première édition de ARTE Kino Festival, accessible sur le site

www.artekinofestival.com

ARTE Kino Festival a démarré vendredi 30 septembre, et se poursuivra jusqu’au 9 octobre. Des places sont de nouveau disponibles en France pour Bella e perduta depuis la matinée du 5 octobre. Les réservations ne sont pas complètes sur les autres territoires européens. Profitez-en !

 

 

 

 

Catégories : Actualités

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *