Olivier Père

Showgirls de Paul Verhoeven

Pathé présente en salles mais aussi en DVD et Blu-ray le 14 septembre une version restaurée de Showgirls (1995) de Paul Verhoeven.

Pourquoi au moment de leurs sorties la critique (française) a-t-elle crié au génie devant Starship Troopers et au navet devant Showgirls deux ans plus tôt, se contentant de répercuter les réactions horrifiées de l’industrie hollywoodienne, alors que les deux films se ressemblent et se valent ? Showgirls, remake trivial de Eve de Joseph L. Mankiewicz, pousse jusqu’à l’inacceptable le naturalisme de Verhoeven qui fouille dans les entrailles du spectacle américain. C’est sans aucun doute le film le plus européen et même flamand de Verhoeven réalisé aux Etats-Unis, en raison de sa dimension critique et surtout de l’adoption d’un style grotesque et hyperbolique qui s’étend jusqu’à la direction d’acteurs, et se révèle plus perturbant dans un contexte réaliste que dans l’univers de bande dessinée des films de science-fiction comme Robocop ou Total Recall.

Showgirls ressemble beaucoup à Spetters, film hollandais très provocateur de Verhoeven qui s’intéressait aux espoirs et aux rêves brisés de jeunes prolétaires. Dans Showgirls Verhoeven ose s’extraire des conventions des genres hollywoodiens qu’il avait empruntées dans ses films précédents pour signer une chronique et une étude de caractères, une satire féroce de la « success story » à l’américaine.

Elizabeth Berkley dans Showgirls©-1995---PATHÉ-PRODUCTION

Elizabeth Berkley dans Showgirls © 1995 Pathé Production

Showgirls exhibe les liens indissociables qui existent entre le sexe et l’argent, la prostitution et l’ascension professionnelle d’une jeune femme prête à tout pour réussir à Las Vegas, et qui croise une galerie de créatures monstrueuses, mais aussi des personnages attachants ou sympathiques qui finiront balayés ou broyés par le système. Verhoeven s’est toujours intéressé à des histoires de survie, à toutes les époques et dans tous les milieux, en étudiant le comportement d’individus (souvent des femmes) dans un monde cruel et sans morale.

Il est facile de comprendre pourquoi Showgirls a été aussi violemment rejeté par la presse et le public américains, alors que le film de Verhoeven est constamment drôle, effrayant, excitant, jamais ennuyeux et brillamment mis en scène. Certes le film est choquant à cause de sa représentation de la nudité et de l’acte sexuel, de son extrême crudité. Mais ce n’est pas la principale raison. Showgirls, à l’instar du Scarface de De Palma, renvoie à l’industrie hollywoodienne une image trop déplaisante et juste de ses mœurs et coutumes, un reflet non pas déformant mais grossissant. Au-delà de sa description hyperréaliste de la vie et du travail à Las Vegas, Showgirls offre une métaphore implacable de Hollywood, comme le laisse deviner le plan final, qui voit Nomi Malone (Elizabeth Berkley, photo en tête de texte) quitter Las Vegas au sommet de sa gloire pour Los Angeles, dans une scène symétrique à l’ouverture du film.

Nous vous recommandons chaleureusement la lecture d’un essai consacré à Showgirls, écrit par Adam Nayman, critique canadien qui réhabilite avec beaucoup d’intelligence le film de Verhoeven, encore considéré comme un super navet ou un accident industriel par la cinéphilie anglo-saxonne et seulement apprécié par les amateurs du « so bad it’s good », ce qui est peut-être encore pire que les attaques assassines de la presse corporatiste et les réactions haineuses des moralistes et des tenants du bon goût cinématographique.

Le livre de Adam Nayman, intitulé « It doesn’t suck » expression répétée par l’héroïne de Showgirls et qui signifie que ce n’est pas de la merde, n’a pour l’instant pas été traduit en français.

It doesn’t suck. Showgirls par Adam Nayman, ecwpress, Toronto, 2014.

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