Olivier Père

Frère de sang de Frank Henenlotter

Dans une deuxième salve de sa « Midnight collection » Carlotta édite en Blu-ray à partir du 7 septembre Frère de sang (Basket Case, 1982) de Frank Henenlotter et ses deux suites signées par le même réalisateur en 1990 et 1992.

Réalisé avec un budget d’environ 35 000 dollars, Frère de sang appartient à la famille de ces films d’horreur à petit budget de jeunes cinéastes débutants qui révolutionnèrent le genre dans les années 80, ou y apportèrent plus modestement une touche d’humour malpropre et blagueur : Evil Dead, Re-Animator, Street Trash, Bad Taste

De tous ces films Frère de sang est sans doute celui qui revendique le plus son aspect bricolé et fauché, sans jamais sombrer dans la dérision facile ou la parodie. Frank Henenlotter est un vrai cinglé de cinéma d’exploitation, un connaisseur érudit qui a fréquenté avec assiduité les salles spécialisées de la 42ème rue. Après s’être fait la main sur des courts métrages en 8 et 16mm, il réalise avec Frère de sang un premier long métrage capable de séduire les amateurs de bizarreries sanguinolentes. Henenlotter est un véritable indépendant, et son approche du cinéma se situe quelque part entre les premiers essais underground de John Waters et les films de Hershell Gordon Lewis, « pape du gore » auquel Frère de sang est dédié. Cette horrible histoire de vengeance de frères siamois séparés à l’adolescence révèle un amour sincère de Henenlotter pour les « freaks » en tous genres : le monstre Belial (sorte de tête difforme munie de deux mains griffues que son frère trimballe dans un panier) mais aussi les clients de l’hôtel borgne new-yorkais où se déroule une grande partie de l’action. Clochards, prostituées, alcooliques, individus louches… soit la faune bigarrée de la 42ème rue, décor de prédilection de Henenlotter, qui tournera ses films suivants (Elmer le remue-méninges, Frankenhooker) dans le même périmètre. Le film développe une esthétique crasseuse et sordide, emploie des acteurs disgracieux au jeu hystérique ou au contraire atone, ne lésine pas sur l’hémoglobine et la nudité comme dans toute série Z qui se respecte. Les effets spéciaux rudimentaires – Belial est une marionnette animée image par image, ou un acteur dans un masque en caoutchouc pour les gros plans – n’empêchent pas la création d’un monstre effrayant et original, ni le surgissement de visions surréalistes. Revu pour la première fois depuis sa lointaine découverte en VHS, Frère de sang mérite sa réputation de petit classique de l’étrange.

Frère de sang de Frank Henenlotter

Frère de sang de Frank Henenlotter

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