Olivier Père

The Player de Robert Altman

ARTE diffuse The Player (1992) de Robert Altman mercredi 27 juillet à 23h30. Le film sera également disponible en télévision de rattrapage pendant sept jours sur ARTE+7.

Au début des années 90, après un sévère passage à vide de plus de dix ans durant lequel il fait un peu n’importe quoi, aux Etats-Unis ou en Europe, Robert Altman a besoin d’un succès pour revenir sur le devant de la scène. Tandis qu’il prépare un projet personnel, l’adaptation de plusieurs nouvelles de Raymond Carver, Altman accepte de réaliser The Player d’après scénario de Michael Tolkin, en remplacement de Sidney Lumet dont les exigences financières avaient refroidis les producteurs du film. Altman pense que The Player est fait pour lui, et il a raison.

The Player en 1992, une satire au vitriol de Hollywood, et Short Cuts l’année suivante vont lui permettre d’effectuer l’un des plus spectaculaires come-backs du cinéma américain.

The Player de Robert Altman

The Player de Robert Altman

Avec The Player Altman retrouve la superbe et l’inspiration de ses meilleurs films réalisés dans les années 70. Il le démontre de manière très ostentatoire dès le début du film, avec un long plan-séquence acrobatique de 7 minutes et 47 secondes, où se croisent de nombreux personnages, parmi lesquels les principaux protagonistes de l’histoire, dans une farandole étincelante de dialogues improvisés au milieu d’un studio hollywoodien. C’est le retour de la méthode Altman, immédiatement reconnaissable : une œuvre chorale, avec la succession et parfois la superpositions de plusieurs actions et conversations dans le même plan, un ton cynique qui épingle les travers d’une époque ou d’un microcosme social, le détournement critique des grands genres hollywoodiens… Certaines figures de style récurrentes chez Altman comme la distanciation, la mise en abyme ou le commentaire ironique du film à l’intérieur de l’image (ou la bande-son) se déploient avec virtuosité dans The Player. Les affiches de films américains classiques aux titres évocateurs dans le bureau du producteur exécutif ou des écriteaux dans les rues de Los Angeles viennent ainsi souligner ou ponctuer avec humour le déroulement de l’action, comme autrefois les messages dans le haut-parleur de M*A*S*H ou les chansons de Leonard Cohen dans John McCabe. Dans The Player Altman entremêle le film noir – qu’il avait déjà brillamment revisité dans Le Privé – et le film sur Hollywood, catégorie qui existe depuis le cinéma muet. Mais jamais aucun cinéaste – même Billy Wilder dans Boulevard du crépuscule – n’avait été aussi vachard et cruel dans sa description du petit monde du cinéma hollywoodien. Altman se moque de l’obsession des films concepts qui peuvent être racontés et surtout vendus en une phrase, des idées absurdes de suites et remakes à la chaîne, des stars du moment que l’on veut mettre à toutes les sauces, le « name dropping » permanent. Altman n’a jamais porté les studios hollywoodiens dans son cœur mais il ne peut que constater avec amertume la médiocrité et le déclin de toute ambition artistique y triomphent depuis les années 80. The Player est une production indépendante à petit budget, ce qui permet à Altman d’exprimer sa verve satirique en toute liberté. Pourtant The Player n’est pas un simple règlement de comptes dans lequel Altman se paye Hollywood. La causticité du cinéaste et son jugement moral vont bien au-delà de la peinture sans complaisance de Hollywood et des yuppies qui en ont pris le pouvoir. Même si une cinquantaine de vedettes se bousculent au générique de The Player, souvent dans leurs propres rôles et pour de fugaces apparitions, le film d’Altman se distingue de ses fresques chorales comme Nashville ou Un mariage. The Player est en effet le portrait d’un homme seul, arriviste, carriériste et sans vergogne, assassin par accident, dénué du moindre sens moral : le producteur exécutif interprété par Tim Robbins (photo en tête de texte). C’est la première fois que Altman fait de son antihéros un personnage totalement négatif, qui agit en toute impunité. La fable de Robert Altman prend des allures cauchemardesques, et une dimension beaucoup plus vaste, à l’échelle d’un pays. C’est le pouvoir de l’argent, des élites corrompues, l’hypocrisie et le cynisme des classes dirigeantes d’une société sans autres valeurs que le succès et la réussite que Robert Altman stigmatise dans ce film vertigineux et effrayant, en forme de mauvais rêve.

 

 

Nous profitons de la diffusion de The Player sur ARTE pour signaler la réédition en salles depuis le 6 juillet de Un mariage (A Wedding, 1978), distribué par Splendor Films, en version restaurée.

Mia Farrow dans Un mariage de Robert Altman

Mia Farrow dans Un mariage de Robert Altman

 

 

 

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