Olivier Père

Police Python 357 de Alain Corneau

ARTE diffuse Police Python 357 réalisé en 1975 par Alain Corneau dimanche 15 mai à 20h45 dans le cadre d’une soirée consacrée à Yves Montand, à l’occasion des 25 an de sa disparition.

Deuxième long métrage d’Alain Corneau, alors jeune cinéaste cinéphile passionné par le cinéma américain, Police Python 357 dresse le portrait fascinant d’un flic solitaire aux méthodes peu orthodoxes. L’inspecteur Ferrot interprété par Yves Montand est un excellent tireur lié à un rapport presque fétichiste avec son arme, un colt Python 357 qui ne le quitte jamais. Corneau a avoué s’être inspiré de Clint Eastwood dans le rôle de l’inspecteur Harry. Ferrot agit la nuit, davantage « vigilante » que policier, réfractaire au dialogue et au travail d’équipe. Cette transposition dans la ville d’Orléans d’un personnage du cinéma américain éloigne Police Python 357 des modèles du polar à la française. Dès le générique Corneau opte pour l’inquiétante étrangeté de gros plans du colt, insérés dans des gestes mécaniques du flic célibataire, qui fabrique ses propres balles ou se fait cuire un œuf avec la même froideur mutique. Il suffit à Corneau de quelques plans de l’appartement de Ferrot, au mobilier minimaliste et fonctionnel, comme dans une cellule de prison ou une chambre d’hôpital, pour nous faire comprendre la solitude d’un homme sans famille, sans amis, sans femme.

Yves Montand dans Police Python 357 de Alain Corneau

Yves Montand dans Police Python 357 de Alain Corneau

Construit autour d’une enquête policière et du piège qui se referme sur l’inspecteur Ferrot Police Python 357 devient un film sur le Destin. Alain Corneau revendique l’influence de Fritz Lang et transforme cette terrible histoire criminelle, aux rebondissements vertigineux, en véritable tragédie antique. Malgré son ambiance provinciale Corneau n’opte jamais pour un style naturaliste, néglige la vraisemblance pour s’intéresser à la vérité profonde des protagonistes. Police Python 357 baigne dans une atmosphère sombre et fantastique, aux confins de l’onirisme, traversé par des éclairs de violence. La défiguration de Ferrot, comme la fusillade finale sur un parking de supermarché constituent des morceaux de bravoure inoubliables et totalement atypiques dans le cinéma français. Corneau exporte en France le néo polar, équivalent des romans de Manchette – qu’il n’adaptera jamais, contrairement à Jim Thompson (avec Georges Perec) dans le remarquable Série noire. La dimension politique n’est pas absente de Police Python 357 qui dépeint l’impunité de la grande bourgeoisie de province, vivant recluse et au-dessus des lois dans l’obsession du secret et de la protection de ses privilèges, tandis que Ferrot est un électron libre qui ne peut compter que sur lui-même.

Pour mener à bien Police Python 357 Alain Corneau a bénéficié du soutien de trois grandes vedettes, sans doute heureuses de participer à un projet qui renouait avec l’ambition des films noir de Jean-Pierre Melville : Yves Montand, Simone Signoret et François Périer, tous les trois exceptionnels dans des rôles complexes et puissants. Devenu un classique, Police Python 357 fut un succès commercial et lança la carrière d’Alain Corneau, qui resta fidèle au cinéma policier tout en s’illustrant dans d’autres genres, avec plus ou moins de bonheur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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