Olivier Père

Ran de Akira Kurosawa

Trois excellentes occasions de revoir Ran (1985) de Akira Kurosawa se présentent en avril : une superbe édition blu-ray chez Studiocanal en version restaurée 4K, la réédition du film en salles à partir du 6 avril (distribué par les Acacias) et sa diffusion sur ARTE le lundi 25 avril à 22h10 dans le cadre d’une semaine Shakespeare.

Le film de Kurosawa – qui avait déjà adapté Macbeth dans Le Château de l’araignée en 1957 – évoque en effet la trame du Roi Lear, mais cette similitude n’apparut à Kurosawa qu’au cours de l’écriture. Le point de départ du projet était basé sur des événements historiques réels. Dans Ran les trois filles de Lear cèdent la place à trois fils d’un seigneur affaibli par la vieillesse, dans le Japon du XVIème siècle. Ran signifie « chaos », résultat final de divergences familiales qui vont conduire à une terrible guerre de clans. La beauté visuelle de Ran n’éclipse jamais la noirceur crépusculaire de son propos, condamnation sans appel de la folie meurtrière et de l’ivresse du pouvoir qui s’empare inexorablement des hommes. Ran est une fresque somptueuse que Kurosawa considérait comme son chef-d’œuvre, l’accomplissement d’une vie de cinéaste. Ran impressionne du début à la fin. On a pourtant le droit de lui préférer les moins solennels Sept Samouraïs, Chien enragé ou Dode’s Kaden. Son film précédent, Kagemusha (Palme d’or à Cannes), également situé dans le Japon féodal, n’était selon Kurosawa qu’une esquisse de Ran, qui nécessita des années de préparation et des moyens considérables. Le soin apporté aux costumes et aux décors est exceptionnel. Les batailles, muettes ou accompagnées de musique, sont des sommets de mise en scène, au même titre que les images inaugurales qui marient cinéma, dessin et peinture. Kurosawa avait pu réaliser Dersou Ouzala grâce aux capitaux soviétiques, Kagemusha grâce à la Twentieth Century Fox et le soutien de deux admirateurs américains, George Lucas et Francis Ford Coppola. Ran fut la première coproduction entre la France et le Japon, et il faudra l’obstination de Serge Silberman (producteur des films français de Buñuel, entre autres) pour mener à bien cette entreprise titanesque.

 

Le blu-ray (en vente le 12 avril) propose de nombreux suppléments inédits, avec des témoignages de spécialistes ou de collaborateurs de Kurosawa, et aussi le très beau A.K. documentaire de Chris Marker réalisé sur le tournage de Ran, pour voir le maître au travail.

Ran de Akira Kurosawa

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