Olivier Père

Minuit à Paris de Woody Allen

ARTE diffuse lundi 3 février à 20h55 Minuit à Paris (Midnight in Paris, 2011) de Woody Allen. Film de la série « européenne » de Woody Allen en voyage loin de Manhattan depuis le londonien Match Point en 2005, Minuit à Paris fut paradoxalement l’un des plus grands succès commerciaux du cinéaste et un titre qui ne suscita guère l’enthousiasme ni même l’indulgence de ses plus zélés commentateurs au moment de sa sortie, du moins en France. Il est vrai que les réalisateurs américains en visite dans la capitale éveillent souvent la méfiance de la critique tricolore. Après avoir célébré la beauté de Manhattan dans de nombreux films Woody Allen aurait-il cédé à l’ivresse touristique en s’émerveillant de la photogénie de Londres, Barcelone ou Paris dans un « eurotrip » de luxe ? Le film débute par une série de cartes postales animées des différents monuments de Paris, comme si le cinéaste évacuait le superflu dès le prologue pour se concentrer sur son véritable sujet, qui n’est rien moins que décoratif. Minuit à Paris ne dépareille pas au milieu du récent corpus du cinéaste, et entretient des correspondances étroites avec certains de ses films plus anciens, éclairant l’évolution de Woody Allen dans une œuvre aussi fournie que cohérente. Minuit à Paris raconte comment un écrivain américain en voyage à Paris avec sa fiancée et ses futurs beaux-parents voyage par magie dans le temps et se retrouve chaque soir à minuit plongé dans le Paris bohémien des années 20, où il croise dans une ambiance « Paris est une fête » des figures artistiques géniales, de Dalì à Hemingway en passant par Scott Fitzgerald, Gertrud Stein et Picasso… L’effervescence intellectuelle et créatrice du début du siècle tranche avec l’ennui et le conformisme dans lequel il est englué dans la vie réelle. Sa fiancée est une snob superficielle et désagréable, ses beaux-parents richissimes et conservateurs, leur ami un insupportable pédant.
Dans un Paris transformé en parc d’attractions pour touristes américains fortunés, l’idée de proposer un voyage dans le temps comme seul véritable moyen d’évasion est très belle. Le film dessine un paysage mental qui s’amuse des clichés culturels ou touristiques et les transcende. Comme d’habitude chez Woody Allen il ne faut pas se fier aux apparences. Le cinéaste ne prend pas la peine de dissimuler son mépris pour les grands bourgeois américains, dont il partage pourtant le train de vie. Les incartades temporelles du personnage principal lui font prendre conscience que ce n’est pas son époque qu’il déteste, mais le milieu qu’il fréquente : des gens riches, bêtes et méchants obsédés par leur confort et leurs privilèges.

Marion Cotillard et Owen Wilson dans Minuit à Paris de Woody Allen

Marion Cotillard et Owen Wilson dans Minuit à Paris de Woody Allen

Minuit à Paris est l’histoire d’une libération et se révèle, malgré une certaine misanthropie, moins pessimiste au final que d’autres films récents de Woody Allen. Le cinéaste a régulièrement utilisé des ressorts fantastiques ou magiques dans ses films. Minuit à Paris rappelle le postulat de La Rose pourpre du Caire où une modeste serveuse pendant la Grande Dépression fuyait la triste réalité en se réfugiant dans les salles obscures. Dans Minuit à Paris l’opulence remplace la pauvreté, la nuit le cinéma, mais c’est une perpétuelle insatisfaction devant l’existence qui doit être comblée, tandis que le retour à la vie réelle est bien moins cruel que dans La Rose pourpre du Caire, grâce au joli sourire de Léa Seydoux.

Léa Seydoux et Owen Wilson dans Minuit à Paris de Woody Allen

Léa Seydoux et Owen Wilson dans Minuit à Paris de Woody Allen

 

Profitons de la diffusion de Minuit à Paris sur ARTE pour signaler la parution en février d’un coffret Woody Allen édité par Métropolitan qui réunit (en DVD ou en Blu-ray) sept longs métrages du réalisateur (plus son documentaire Wild Man Blues) pour la plupart réalisés dans les années 90 : Coups de feu sur Broadway, Maudite Aphrodite, Tout le monde dit I Love You, Harry dans tous ses états, Celebrity, Accords et désaccords, Escrocs mais pas trop. Autant de films pleins de charme qui brassent les thèmes de prédilection de Woody Allen (le couple, l’amour, la création, les milieux du spectacle…) parmi lesquels on retiendra surtout l’excellent Coups de feu sur Broadway et Tout le monde dit I Love You, délicieuse comédie musicale où Woody Allen filmait Paris (et Venise) pour la première fois.

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