Olivier Père

Youth de Tom Shoval

Découvert en 2013 dans la section Panorama de la Berlinale, Youth de Tom Shoval (coproduction SR / ARTE) est diffusé mercredi 27 janvier à 23h35 sur ARTE. Né en 1981 Tom Shoval a étudié le cinéma à la très réputée Sam Spiegel School de Jérusalem et s’est fait remarquer avec des courts métrages. Tom Shoval est aussi un excellent critique de cinéma et un cinéphile passionné au goût et à l’enthousiasme très sûrs. En 2013 Il franchit avec brio le cap du premier long métrage.

Youth est l’histoire de deux frères jumeaux qui échafaudent un kidnapping avec demande de rançon afin de renflouer les dettes contractées par leur père et qui mettent en péril toute la famille, menacée de perdre son appartement. Leur idée est d’enlever une lycéenne de la bourgeoisie israélienne. Hélas rien ne va se passer comme prévu : pour les deux frères et aussi pour le spectateur qui va de surprise en surprise, passionné et étonné par un sens du récit et de la mise en scène aussi affirmés chez un jeune cinéaste. Il faut dire que Tom Shoval connaît ses classiques. Youth débute par une magnifique scène de filature (l’un des frères suit et espionne la future victime sur le chemin de l’école) où plane l’ombre de Hitchcock. La gémellité troublante des deux garçons, l’explication longtemps différée de leur acte confèrent au film un climat d’étrangeté et de doute, parfois à la limite de l’homo érotisme. Fiction du dérèglement, programmation d’un échec, Youth est un excellent thriller social qui nous rappelle que le vrai cinéma critique n’a pas besoin de grands discours. Youth est un nouveau film symptôme de la crise morale, économique et politique de la société israélienne, du vent de révolte et de contestation qui souffle parmi les jeunes. Comme Le Policier de Nadav Lapid en 2011, Youth brise le tabou de la violence entre Juifs, questionne de l’intérieur le culte de la jeunesse, de la force et de la performance à travers l’histoire d’un ratage immature. L’ennemi, le bouc émissaire n’est plus l’étranger mais le riche (peut-être aussi l’autre sexe, si l’on considère que cet enlèvement est un acte d’amour déraisonnable pour sauver l’honneur et restaurer l’image défaillante du père, dans une famille où la mère est inexistante), et la lutte des classes prend la forme d’un fait-divers œdipien, absurde et désespéré.

Youth sera également disponible en télévision de rattrapage pendant sept jours, sur ARTE+7.

Youth de Tom Shoval

Youth de Tom Shoval

Catégories : Coproductions · Sur ARTE

Un commentaire

  1. Jean-Pascal Mattei dit :

    Moins enthousiasmé que vous-même, cher Olivier, par cette satire dépressive pas déplaisante mais languissante et au final inoffensive (sur un argument similaire et toujours en trio, j’en reste à l’excellent et autrement surprenant La Disparition d’Alice Creed) ; mais Tom Shoval, traumatisé enfant par Bergman, dit ici des choses intéressantes et, du haut de ses trente-trois ans (christiques), s’avère un cinéaste (assez) prometteur…
    http://www.telerama.fr/cine

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