Olivier Père

Furyo de Nagisa Oshima

Pour rendre hommage à David Bowie (photo en tête de texte) décédé le 10 janvier ARTE diffuse mercredi 13 janvier à 20h55 Furyo (Merry Christmas, Mister Lawrence, 1983) de Nagisa Oshima. Le film sera également disponible en télévision de rattrapage sur ARTE+7.

Cette coproduction internationale signée par le sulfureux chef de file de la Nouvelle Vague japonaise offre au Thin White Duke son meilleur rôle au cinéma, sept ans après L’homme qui venait d’ailleurs de Nicolas Roeg où il interprétait un extra-terrestre androgyne et déboussolé. Bowie est beau (oui comme Bowie) dans Furyo mais il se révèle aussi formidable acteur, et peut même y exprimer ses talents de mime – à défaut de ceux de chanteur. Une chanson joue un rôle crucial dans le film, mais ce n’est pas lui qui la chante…

Ryouchi Sakamoto et David Bowie dans Furyo de Nagisa Oshima

Ryuichi Sakamoto et David Bowie dans Furyo de Nagisa Oshima

Oshima avait déjà bousculé le Festival de Cannes en 1976 avec L’Empire des sens accusé de pornographie et banni du Japon. Il électrise à nouveau la Croisette avec Furyo présenté en sélection officielle. Le film repartira bredouille mais deviendra un immense succès critique et public. Furyo décrit le choc des cultures entre officiers Japonais et Anglais dans un camp de prisonniers pendant la Seconde Guerre mondiale, sur l’île de Java en 1942. Le sous texte homosexuel est omniprésent à propos de la fascination qu’exerce le major Jack Celliers, rebelle et ambigu, sur le rigide capitaine Yonoi qui dirige le camp, obsédé par la discipline et le respect de la tradition. Jamais un film de guerre n’a été aussi glamour puisque ce sont David Bowie et son équivalent nippon Ryuichi Sakamoto qui interprètent les deux hommes en pleine surchauffe, sous le regard de Lawrence (Tom Conti), un officier anglais qui parle japonais et d’un gardien obsédé par le code des samouraïs (Takeshi Kitano avant son passage à la mise en scène). Oshima déplace l’héroïsme et la bravoure militaire sur le terrain du défi amoureux. Yonoi est happé par la beauté de Celliers dès qu’il le voit pour la première fois lors de son procès. Un travelling avant vient révéler le trouble du jeune officier japonais devant l’aplomb et l’indifférence du major anglais qui risque la peine capitale pour ses opérations de guérilla dans la jungle. Un simulacre d’exécution avec Celliers enchaîné les bras en croix explicite la dimension de martyr du personnage. Pourtant Celliers ne se sacrifie pas pour son pays ou ses hommes, mais pour expier ses propres fautes, comme le révèle un flash back traumatique et familial au cœur du film, irruption surréelle de l’image d’un paisible cottage anglais dans l’enfer du camp. Celliers est un être hanté, qui va hanter à son tour tous ceux qui croiseront son regard, Anglais comme Japonais, et Yonoi en premier lieu. Le mot « Furyo » qui donne son titre français au film signifie « prisonnier de guerre » en japonais. Le fétichisme de l’uniforme, les rituels militaires, le code de l’honneur samouraï, plus de nombreuses scènes outrageusement sado-maso valurent à ce film la réputation, pour ceux qui ne connaissaient pas l’œuvre de Oshima, d’un Pont de la rivière Kwaï gay. Mais davantage qu’à David Lean – malgré son sadisme très « british » – c’est à Georges Bataille et Jean Genet, véritables références de Oshima, que l’on pense. Et aussi à Mishima puisque Furyo aurait bien pu s’intituler « Rites d’amour et de mort ». L’obsédante bande originale composée par Sakamoto contribua beaucoup au culte immédiat autour de Furyo qui enthousiasma aussi bien les admirateurs de Oshima de la première heure que les nombreuses groupies des deux rock stars.

 

 

 

 

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