Olivier Père

Le Pont de la rivière Kwaï de David Lean

ARTE diffuse Le Pont de la rivière Kwaï (The Bridge on the River Kwai, 1957) de David Lean dimanche 17 janvier à 20h50. C’est à partir de ce film de guerre à grand spectacle, adaptation d’un roman de Pierre Boulle par les scénaristes américains « blacklistés » Carl Foreman et Michael Wilson, que David Lean se tourne vers le monumentalisme cinématographique. Ses films deviennent des superproductions ambitieuses entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis mettant en scène des sujets historiques avec une pléiade de vedettes internationales. Chez le cinéaste le perfectionnisme et la maîtrise totale du moindre détail vont de pair avec un comportement tyrannique et une froideur hautaine sur les plateaux. C’est l’heure de la consécration pour David Lean, mais aussi de l’enfermement dans des projets de plus en plus lourds et coûteux, et du risque de l’illustration. Un risque dans lequel Lean, cinéaste obsessionnel, ne sombrera jamais complètement. Malgré l’inflation des budgets qui lui sont alloués il conserve le goût du risque et n’a pas peur des sujets à controverse, en rapport direct avec l’histoire du XXe siècle. Lean, loin d’être un cinéaste révolutionnaire, pose pourtant un regard sans complaisance sur la tradition militaire et l’empire colonial anglais dans ses deux films les plus célèbres, Le Pont de la rivière Kwaï et Lawrence d’Arabie, produits par Sam Spiegel. Immense succès populaire, Le Pont de la rivière Kwaï mérite une réévaluation critique. Certains cinéphiles ont sans doute été aveuglés par la machinerie grandiose du film de Lean pour dénoncer un peu vite son soi-disant académisme. Un terme qui définit mal la mise en scène de Lean, d’une beauté toujours surprenante et qui tend parfois vers l’abstraction, qui sublime les éléments naturels – ici la jungle birmane – mais se concentre sur des enjeux humains d’une grande puissance. L’œuvre de Lean, et ce film en particulier, est un monument qu’on croit connaître et qu’il faut visiter à nouveau, avec un regard neuf.

Alec Guiness dans Le Pont de la rivière Kwaï de David Lean

Alec Guinness dans Le Pont de la rivière Kwaï de David Lean

Au travers d’une histoire de résistance dans un camps de prisonniers et l’organisation d’une opération commando par les Alliés Le Pont de la rivière Kwaï propose une réflexion intelligente sur l’héroïsme et la lâcheté en temps de guerre, opposant le cynisme et l’individualisme américain (le personnage de Shears incarné par William Holden) au respect britannique pour l’ordre, la discipline et la tradition – comportement à la limite de la pathologie du colonel Nicholson interprété par Alec Guinness – qui débouche sur une situation tragique et absurde, mais révélatrice de la folie guerrière.

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6 commentaires

  1. ballantrae dit :

    Oui, il faut réévaluer D Lean que ce soit sa période épique ( Kwai, Lawrence, le sublime Ryan’s daughter) , ses adaptations de Dickens remarquables mais aussi sa veine secrète , chroniques de guerre et d’après guerre ( Brève rencontre bien sûr mais aussi le très beau Mur du son) et le premier essai avec N Coward Ceux qui servent en mer fort bien structuré.

  2. Tobac james dit :

    Sans oublier les magnifiques Les amants passionnés (1949) et Madeleine (1950)…

  3. Tobac james dit :

    exact ! j’avais oublié celui-là. Excellent.

    • olivierpere dit :

      Trois films que je dois voir : ils sont heureusement disponibles dans le très beau coffret que Carlotta a consacré à David Lean. Mais il y manque Le Mur du son.

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