Olivier Père

Le Bord de la rivière de Allan Dwan

Sidonis vient d’éditer en DVD deux films de Allan Dwan, appartenant à deux périodes distinctes de sa longue et riche carrière. Suez (1938) et Le Bord de la rivière (The River’s Edge, 1957), longtemps resté inédit en France – il faudra attendre 1999 pour qu’il bénéficie enfin d’une sortie en salles.

Suez disposait d’un budget très important et rencontra un immense succès public. Le film marque l’apogée, sur le plan professionnel, de Dwan qui n’aura plus jamais accès à des productions aussi imposantes, tout en poursuivant une carrière sans éclipse (deux films par an en moyenne), mais au service de producteurs et d’acteurs de seconde catégorie, avec des exceptions toutefois – John Wayne, Barbara Stanwyck… – pour les départements série B des grands studios ou pour des studios de petite envergure.

Cela nous amène à parler du Bord de la rivière réalisé en 1957 par Dwan, soit dans la dernière période de sa carrière, quatre ans avant sa retraite définitive. Cette ultime partie de son œuvre est admirée par les cinéphiles car elle est marquée du sceau de l’épure, avec des westerns ou des films d’aventures transforment les artifices et les conventions hollywoodiennes en cadres dans lesquels peuvent s’épanouir la poésie et la vitalité du cinéma de Dwan, mais aussi sa morale. Les années 50 pour Dwan sont principalement marquées par les dix films qu’il va tourner d’affilée pour le producteur indépendant Benedict Bogeaus et qui constituent un merveilleux ensemble d’une grande cohérence esthétique. Le Bord de la rivière est l’un des plus beaux films des deux hommes, et du même coup du cinéma américain de l’époque. Il s’agit d’un western moderne situé en plein désert le long de la frontière mexicaine, conférant au film une atmosphère aride, minérale et dépouillée, une histoire de désir et de violence centré autour d’un triangle amoureux, deux hommes et une femme. Un gangster en cavale avec le magot d’un casse (Ray Milland) oblige son ancienne maîtresse (Debra Paget) et le mari de celle-ci (Anthony Quinn) à l’accompagner dans sa fuite vers le Mexique. Le Bord de la rivière est un conte moral sur les thèmes de l’argent, de la volonté de puissance et de la convoitise, souvent abordés par Dwan. Avec un scénario et des décors minimalistes (rochers de carton pâte du plus bel effet en Cinémascope et Technicolor), mais trois excellents acteurs Dwan transforme une série B en pur joyau cinématographique au dynamisme haletant et à la mise en scène implacable. L’affrontement entre le cynique Ray Milland et le brave Anthony Quinn – acteur que j’adore – pour la sensuelle Debra Paget se révèle inoubliable et démontre que Dwan, après cinq décennies passées à Hollywood, avait conservé intacts sa verve de conteur et son génie de cinéaste.

 

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