Olivier Père

Big Racket de Enzo G. Castellari

L’éditeur de DVD Artus inaugure le 5 mai une nouvelle collection « polar » avec un titre qui compte parmi les plus représentatifs – et les plus violents – de la vague de films policiers qui éclaboussa les écrans italiens dans les années 70 : Big Racket (Il grande racket, 1973) de Enzo G. Castellari.

Entre la fin des années 60 et celle des années 80, il existe dans le cinéma populaire italien une tradition de l’ersatz.

Avec l’apparition d’une nouvelle génération de succès internationaux (les films de Friedkin, Spielberg, Lucas, Carpenter, Romero…) les producteurs italiens se sont très tôt spécialisés dans la confection de plagiats, tributaires des modes cinématographiques exportés des États-Unis. Ainsi, on a pu apprécier des ripostes transalpines à des films d’horreur américains comme Rosemary’s Baby (L’Alliance Invisible), L’Exorciste (L’Antéchrist), La Malédiction (Holocauste 2000), Zombie (L’Enfer des zombies)…

La plupart de ces films (même si on a cité quelques-uns des meilleurs) sont ridicules lorsqu’ils touchent à des genres trop exogènes à la culture italienne – la science-fiction par exemple, qui demande en outre des moyens techniques et financiers que ces productions à petit budget ne possédaient pas. Les fameux polars romains ou milanais calqués sur Le Parrain, L’Inspecteur Harry ou Un justicier dans la ville sont en revanche particulièrement convaincants car ils font écho aux troubles que rencontrent la société italienne depuis le boom économique : flambée de la criminalité, mafia, délinquance et terrorisme politique qui plongent le pays dans un climat d’insécurité et de tensions propice à une récupération opportuniste par les producteurs de films de série B.

Dans l’Italie des années 70 où l’idéologie occupe une place importante ces films qui flirtent parfois avec des positions droitistes donnent le sentiment de flatter les bas instincts du public populaire, à l’instar d’une certaine presse à sensations. Un tel phénomène sera d’ailleurs étudié et dénoncé avec une virulence terrible par le cinéaste Luigi Zampa dans son avant-dernier film Il mostro en 1977.

Tout ceci nous amène à nous pencher sur le cas de notre film du jour, ce Big Racket apprécié des fans de cinéma bis transalpin, et qui témoigne d’une efficacité redoutable dans son domaine.

Enzo G. Castellari, de son vrai nom Enzo Girolami, fils de Marino Girolami (La Terreur des zombies) et frère de Romolo Guerreri (La Police au service du citoyen) est le spécialiste incontesté de l’action à l’italienne. Ancien boxeur, il a réalisé d’honorables polars urbains interprétés par Franco Nero (son acteur fétiche) ou le charismatique Fabio Testi (la star de Big Racket, photo en tête de texte), un bon film de guerre (Une poignée de salopards), et un western crépusculaire (Keoma), avant de se reconvertir dans l’ersatz post apocalyptique (Les Guerriers du Bronx, Les Nouveaux Barbares).

Au début des années 70 Castellari trouve son style, ou plutôt le vole puisqu’il est constitué d’emprunts divers au cinéma américain et plus particulièrement à Sam Peckinpah dont il récupère les ralentis et l’esthétique du montage syncopé, plus une utilisation emphatique de la musique – Castellari a souvent travaillé avec les frères Guido et Maurizio De Angelis, auteurs de scores mémorables du cinéma d’exploitation italien.

Bick Racket

Fabio Testi dans Big Racket

C’est durant cette période faste que Castellari réalise l’un de ses meilleurs films, Big Racket dans lequel un inspecteur de police tente d’enrayer les agissements de racketteurs qui terrorisent les commerçants du centre ville de Rome. Cette bande de punks dégénérés obéit en fait à des ordres du crime organisé et le film entérine l’opinion selon laquelle le pays tout entier et ses plus hautes institutions sont gangrénées par la corruption et la mafia, plongeant le citoyen dans un état d’impuissance.

C’est ce qui arrive à ces pauvres commerçants dont les familles sont torturées, violées et tuées lorsqu’ils refusent de céder au chantage des racketteurs. Le flic de choc interprété par Fabio Testi est aussi agressé par ces voyous fous furieux qui essaient de le tuer en précipitant sa voiture dans un ravin.

Excédé par la lenteur et la mollesse de la justice, ayant échappé de peu à la mort le personnage de Fabio Testi ivre de vengeance se transforme en « vigilante » et forme une brigade armée avec les victimes des voyous déterminées à passer de l’autre côté de la loi et à faire le ménage devant leurs portes. Tout finira dans un bain de sang dans une usine désaffectée.

 

Si Carlo Lizzani et Sergio Sollima qui s’illustrèrent eux aussi dans le polar étaient des cinéastes de gauche, Enzo G. Castellari échappe sans conteste à ce type d’étiquette. Castellari s’amuse à mettre en boîte un film ultra-violent dont le discours est volontiers sécuritaire, anarchisant, voire réactionnaire. Avec sa glorification de la justice personnelle et expéditive et son ball trap final où méchants et pourris sont systématiquement canardés Big Racket est loin de posséder l’ambiguïté de L’Inspecteur Harry de Don Siegel, et même du premier Death Wish de Michael Winner.

Mais il y a la « Castellari’s touch », faite de ralentis, de cascades, de bagarres et de fusillades, jusqu’au brouillage de neurones.

 

 

 

 

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