Olivier Père

La Révolte des triffides de Steve Sekely et Lifeforce de Tobe Hooper

Sidonis / Calysta vient d’éditer en DVD deux perles de la science-fiction qui, si elles n’ont jamais atteint le statut de classique, bénéficie d’une certaine réputation auprès des amateurs du genre. C’est particulièrement le cas de La Révoltes des triffides (The Days of the Triffids, 1963) de Steve Sekely titre demeuré inédit en France ce qui a ralenti sa notoriété chez nous mais qu’il n’est pas trop tard pour découvrir, même dans une copie qui a connu des jours meilleurs – c’est hélas la seule disponible, le film n’ayant pas pu bénéficier de la restauration qu’il mérite, et les autres versions en circulation depuis des années dans différents formats sont encore pires. Production britannique en CinemaScope et en couleur, La Révolte des Triffides compte parmi les quelques films qui permirent de parler d’un âge d’or de la science-fiction britannique à la fin des années 50 et au début des années 60, synchrone avec un renouveau du cinéma fantastique en général, avec des titres comme les deux premiers “Quatermass” ou Le jour où la terre prit feu de Val Guest. Le maître d’œuvre de La Révolte des Triffides est l’Américain Philip Yordan, connu pour de nombreux classiques hollywoodiens et en particulier certains grands westerns comme Johnny Guitare ou L’Homme de la plaine, qui produisit et écrivit cette adaptation d’un roman de John Wyndham, l’auteur du « Village des damnés » porté à l’écran trois ans plus tôt. On sait désormais que le réalisateur américain d’origine hongroise Steve Sekely qui signe le film fut aidé par Freddie Francis, spécialiste du cinéma fantastique et aussi talentueux directeur de la photographie. Si on le compare avec d’autres films de science-fiction de la même époque La Révolte des triffides surprend par son ambition et l’ampleur de son sujet, hérités du roman de Wyndham. Une pluie de météorites rend 90 % de la population mondiale aveugle, ce qui génère une succession de scènes catastrophes assez originales, et un climat apocalyptique étalé sur plusieurs pays d’Europe et bien rendu à l’écran malgré un budget qu’on devine étroit. Pendant ce temps les trifides, des plantes carnivores géantes capables de se déplacer, ont envahi la planète et s’attaquent aux humains. Cette histoire au croisement de La Guerre des mondes et de L’Invasion de profanateurs de sépultures réserve de nombreuses surprises et si l’on veut bien être indulgent au sujet des effets spéciaux et en particulier les trifides et leurs branches en caoutchouc le film de Sekely et Francis est une sympathique réussite.

Lifeforce

Lifeforce

Au milieu des années 80 la société Cannon Group partie à la conquête de Hollywood mais aussi du cinéma européen puisqu’elle possédait des filiales en Angleterre, en France et en Italie produisait à tour de bras des films aux budgets et aux ambitions de plus en plus mégalomanes, mais aux résultats souvent absurdes. C’est le cas en 1985 de Lifeforce  –  sous-titré chez nous “L’Etoile du mal”de Tobe Hooper (photo en tête de texte) alors sous contrat avec la Cannon, embarqué sur ce gros film de science-fiction qui débute par la découverte d’un vaisseau spatial caché dans la queue de la comète de Haley pour finir par la mise à sac de Londres par des hordes de zombies contaminés par un virus extraterrestre – si on a bien compris après plusieurs visions l’histoire de ce long métrage qui pâtît d’un tournage chaotique, de nombreuses réécritures et de réductions budgétaires comme souvent avec la Cannon. Anachronique au moment de sa sortie, avec ses effets spéciaux foireux, ses acteurs en roue libre et ses nombreuses incohérences, Lifeforce gagne à être revu comme un avatar tardif et décadent des productions Hammer ou Amicus réalisés dix ou vingt ans plus tôt, avec une direction artistique similaire et un curieux mélange de gothique et de space opera. On peut regretter que la collaboration entre Tobe Hooper et le talentueux scénariste Dan O’Bannon ait accouché d’une telle tambouille, hésitant permanence entre le sérieux et la parodie, mais Lifeforce, à l’image de moult productions Cannon des années 80, est un plaisir coupable qui ravive la nostalgie de tous les cinéphiles qui ont dépensé beaucoup de leur précieuse jeunesse dans les complexes UGC de province.

Tobe Hopper parvient quand même à délivrer une création iconique au milieu d’un sacré fatras, celle de l’extraterrestre entièrement nue incarnée par la débutante française Mathilda May, succube de l’espace héritière des femmes vampires et autres “scream queens” de l’épouvante british, réputées pour leurs mensurations spectaculaires. Une apparition mémorable et plus impressionnante que tous les trucages mécaniques et optiques du film. Mais on reste à des années lumière de Under the Skin

Il n'y a pas que des images horribles dans Lifeforce : Mathilda May

Il n’y a pas que des images horribles dans Lifeforce : Mathilda May

 

Catégories : Actualités

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *