Olivier Père

Les Colts au soleil de Peter Collinson

Zylo (https://www.facebook.com/ZYLO.EDITEUR.DE.FILMS) a édité le mois dernier en DVD un western rare et curieux que nous sommes heureux d’avoir pu enfin visionner :  Les Colts au soleil (A Man Called Noon / Un hombre llamado Noon, 1973) de Peter Collinson. Au début des années 70 le western européen est déjà moribond et ne produit plus que des parodies de lui-même ou des œuvres décadentes qui caricaturent plus ou moins volontairement sa dimension funèbre. Les Colts au soleil appartient à cette sous catégorie de westerns tournés en Espagne et mis en scène par des réalisateurs anglais, à une époque où le genre entre dans une phase de déclin : El condor de John Guillermin, Charley-le-borgne de Don Chaffey, Les Collines de la terreur de Michael Winner (de loin le meilleur du lot), Soleil rouge de Terence Young (le pire)…ou ces Colts au soleil de Collinson, tous tournés à Almería, en Andalousie, région dont les paysages désertiques accueillirent d’innombrables westerns et films d’aventures. Pour les puristes un western réalisé par un citoyen britannique est une hérésie aussi grande que l’idée d’un Romain aux manettes d’un film sur la conquête de l’ouest. Les Colts au soleil, tourné dans des décors de villages désertés et les espaces rocailleux de ce coin brûlé d’Espagne, avec rarement plus de deux acteurs dans le plan, entérine le devenir fantôme d’un genre à l’abandon.

Après une agression, Noon (Richard Crenna) a perdu la mémoire. Laissé pour mort, il se met en quête de son identité en compagnie d’un aventurier (Stephen Boyd) et rencontre alors la charmante Fan (Rosanna Schiaffino). Attiré par la jeune femme, Noon est surpris d’apprendre qu’elle est victime d’un complot, dont il semble être l’instigateur…

L’originalité du film de Collinson est d’être un western mettant en scène un personnage principal amnésique, à la recherche de son histoire et découvrant des bribes de son passé au travers de gestes réflexes, comme son habilité au tir et son sang-froid devant le danger qui le désignent logiquement comme un tueur à gages, mais aussi des preuves d’érudition qui viennent contredire ce portrait robot d’assassin sans morale. L’absence de mémoire chez le supposé héros accentue cet état d’errance autant psychologique que dramatique qui caractérise le film, avec un récit hésitant et cacochyme, et une dilatation temporelle des déambulations des deux compagnons d’infortune. Lorsque le scénario se précise enfin, c’est pour aboutir à un finale grotesque qui exhibe la dérisoire vanité de l’entreprise avec fusillades et explosions au ralenti, mannequin en mousse et gros caillou en polystyrène qui écrase le méchant comme dans un vieux Tarzan, dans une frénésie d’action qui vient rompre le style déambulatoire et épuré du film – voir la belle scène où Noon abat une à une des silhouettes de tireurs dans un fort abandonné. Les Colts au soleil n’est pas le meilleur film de Peter Collinson, mais il confirme que ce cinéaste commercial issu de la télévision a signé tellement de bizarreries, titres obscurs, oubliés ou sous-estimés qu’il en devient vraiment intrigant. L’éclectisme de Collinson pourrait laisser penser qu’on a affaire à un simple faiseur cynique et opportuniste, au mauvais goût « typiquement british » mais la plupart de ses films mettent en scène des personnages névrosés ou psychotiques, au diapason d’un style tapageur – courte focale, visages déformés en gros plan, cadrages baroques – et de détails insolites, comme ce couteau planté dans la gorge d’un cadavre dans son cercueil, qui font de Collinson un cousin de Michael Winner. L’or se barre, le plus gros succès et le film le plus célèbre de Collinson n’est pas très intéressant mais on peut sauver de sa filmographie, parmi ses films visionnés, le malsain La Nuit des alligators (1967), le film d’aventures Les Baroudeurs (1970) avec Charles Bronson et Tony Curtis ou le thriller Fright (1971) avec Susan George qui anticipe les « slashers » américains.

dans Les Colts au soleil

Patty Shepard (Jolie actrice “bis” d’origine américaine mais ayant fait carrière en Espagne, découverte par Jess Franco et récurrente dans les films de Paul Naschy) dans Les Colts au soleil

Message personnel aux éditeurs DVD qui nous lisent : merci de ressortir des oubliettes un film que je n’ai jamais vu, La Chasse sanglante (Open Season, 1974) relecture moderne de La Chasse du comte Zaroff par Peter Collinson, réputée pour son sadisme et sa distribution hétéroclite, cela réjouirait pas mal de monde !

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