Olivier Père

Sport de filles de Patricia Mazuy

Sport de filles (2011) est diffusé ce soir sur ARTE à 20h50. Patricia Mazuy est une cinéaste rare, précieuse, énergique. Ses films se font attendre mais ils ne déçoivent jamais. Son Travolta et moi (1993), réalisé dans le cadre de l’excellente collection télévisée « Tous les garçons et les filles de leur âge… » était une sorte de chef-d’œuvre convulsif sur l’état d’adolescence et de révolte, un des meilleurs films français des années 90. Onze ans après l’ambitieux film en costumes Saint-Cyr avec Isabelle Huppert, Patricia Mazuy revient enfin avec le formidable Sport de filles qui réunit ce qu’elle aime et connaît le mieux : le cinéma et les chevaux. Gracieuse (Marina Hands) est une jeune femme rebelle, fille de paysan, cavalière sans cheval. Elle entraîne les chevaux des autres mais n’a pas d’argent pour en posséder un. Elle trouve un travail dans le prestigieux domaine de la riche Joséphine de Silène (Josiane Balasko). Là elle rencontre Franz Mann (Bruno Ganz), légendaire entraîneur allemand employé par son ancienne maîtresse Joséphine. Entre le vieil homme et la jeune femme, qui se sentent tous les deux à la fois insoumis et exploités, une étrange relation va débuter, autour de la passion équestre. Sport de filles parle de l’amour des chevaux et de l’art du dressage. Le film possède une dimension documentaire qui nous fait entrer dans un monde peu connu du grand public, fait de codes et de gestes très précis, où règnent dévotion, travail et discipline. Mais Sport de filles est aussi une allégorie sur la lutte des classes et le capitalisme (l’argent domine tout, et les chevaux deviennent une valeur de transaction) et sur les rapports hommes femmes, eux aussi réglés selon des rites de soumission, de pouvoir et d’observation. Dans le rôle d’une ancienne gloire de l’équitation, passée maître dans le dressage des chevaux et la séduction des femmes, l’acteur suisse Bruno Ganz livre une composition surprenante.

Marina Hands dans Sport de filles

Marina Hands dans Sport de filles

 

Catégories : Coproductions · Sur ARTE

Un commentaire

  1. Philippe Lubac dit :

    J’ai vu Sport de filles hier soir pour la première fois et
    était troublé de constater que ce qui était la très belle idée -et la très belle
    scène, de « Travolta et moi » de filmer comme une offrande au
    spectateur, presque hors scénario, un patineur russe dansant sur la glace de la
    patinoire sur la musique de Joe Dassin « si tu n’existais pas » venait
    ici se déployer sur toute la longueur du film. Si l’on remplace la glace de la
    patinoire par la terre battue des différentes pistes où s’entraînent ou bien
    concourent les chevaux… On a quasiment le même dispositif. L’idée d’un cirque d’entraînement.
    La position du spectateur derrière la balustrade, l’idée de tourner, retourner
    et re-retourner sur la piste comme un patineur, comme un cheval, où comme un
    disque vinyl puisque la musique est souvent associée à ce phénomène de ronde. A
    tout le moins, Patricia Mazuy fait preuve d’une belle constance.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *