Olivier Père

Cannes 2014 Jour 3 : La Chambre bleue de Mathieu Amalric (Un Certain Regard)

Tourné avec l’économie et la légèreté d’un drame criminel à petit budget, en adéquation avec l’urgence et la radicalité du projet, La Chambre bleue est l’adaptation d’un roman impressionnant de Georges Simenon, écrit en 1963, qui explorait certains thèmes de prédilection de l’écrivain : l’adultère, le couple, la culpabilité. La crudité du roman, son pessimisme total en font l’un des sommets de l’œuvre de Simenon, qui en soulignait l’importance plus de dix ans après sa publication : « Je crois qu’il a fallu une quarantaine d’année pour que, je m’en souviens, dans la première page d’un de mes romans, La Chambre bleue, j’ose écrire le mot sperme. »

Cette première page, c’est aussi la première scène du film. L’étreinte d’un homme et d’une femme dans une chambre d’hôtel, l’orgasme, une morsure, gouttes de sang et de sueur, après l’amour quelques mots échangés, les draps froissés et les corps ouverts « avec la tache sombre du sexe d’où sourdait un filet de sperme. »

La Chambre bleue de Mathieu Amalric

La Chambre bleue de Mathieu Amalric

Amalric acteur et réalisateur filme au plus près du roman de Simenon, à l’os, retrouvant l’esprit et la lettre de l’écrivain comme peu de cinéastes avant lui – on se rapproche ici des grandes réussites des années 30 signées Renoir et Duvivier. La stylisation de la mise en scène installe une atmosphère oppressante, renforcée par le format 1.33 qui enferme les personnages dans un espace trop étroit, autour du destin d’un homme pris dans un engrenage fatal dont le bonheur familial patiemment organisé va s’écrouler. Le défi du film est aussi de s’approcher au plus près du mystère d’une passion physique, et de la jouissance sexuelle, celle que les deux amants éprouvent ensemble pour la première fois dans leur vie. Stéphanie Cléau, compagne de Mathieu Amalric à la ville, a coécrit le film avec lui et incarne dans La Chambre bleue Esther, la maîtresse du personnage principal. Sa beauté altière, sa voix, son regard, contribuent beaucoup à l’étrangeté fascinante de son personnage et du film tout entier. Tranchant comme un couperet, bloc d’abyme, La Chambre bleue ouvre des gouffres vertigineux, explorant les zones d’ombres d’un homme et de ses relations aux femmes. La structure du film, constituée de retours en arrière, dévoile progressivement l’intrigue criminelle tout en laissant planer certains doutes, y compris après sa conclusion implacable. Amalric parvient à retranscrire à l’écran la complexité du roman, laissant au spectateur la possibilité de sa propre interprétation de cette ténébreuse affaire.

Amalric emprunte sans aucun doute les détours de l’adaptation littéraire et de la série B pour se livrer à une exploration intime, auto analyse ou exorcisme qui n’en paraissent que plus frontaux, troublants et n’ayant aucune peine à trouver un sombre écho au plus profond de nous.

La Chambre bleue de Mathieu Amalric

La Chambre bleue de Mathieu Amalric

 

La Chambre bleue sort aujourd’hui dans les salles françaises, distribué par Alfama Films, simultanément à sa présentation cannoise.

Mathieu Amalric © Paul Blind

Mathieu Amalric © Paul Blind

 

 

Catégories : Actualités · Coproductions

Un commentaire

  1. JICOP dit :

    Points positifs du film : donner envie au spectateur de lire le roman . La découverte de Stéphanie Cléau que je ne connaissais pas et qui est très bien dans un role complexe .
    Le probleme du film est le jeu des acteurs ; j’imagine volontairement atone ; et qui enferme le film dans un exercice de style certes intriguant mais qui décontenance .
    On dirait presque un pastiche du cinéma français d’auteur , façon Doillon ou Bresson .
    Je préfere Amalric dans ” l’amour est un crime parfait “.

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