Olivier Père

La Plus Belle Soirée de ma vie de Ettore Scola

ARTE diffuse ce soir à 23h La Plus Belle Soirée de ma vie (La piu bella serata della mia vita, 1972) de Ettore Scola.

Lors d’un déplacement en Suisse italienne, à Lugano dans le Tessin, où il vient récupérer une importante somme d’argent sur un compte non déclaré pour échapper au fisc de son pays, le docteur Rossi tombe en panne sur une route de montagne, après y avoir suivi une séduisante jeune femme à moto. Sa valise remplie de billets de banque il demande alors de l’aide au vieux résident d’un château afin d’y être hébergé pour la nuit et y rencontre trois autres magistrats à la retraite. Dès lors, les quatre hommes vont passer en revue la vie du docteur sous forme de procès.

Cette comédie très noire d’Ettore Scola, une des plus belles réussites du réalisateur italien, est adaptée d’une pièce radiophonique de l’écrivain Suisse Friedrich Dürrenmatt « La Panne », écrite en 1959 et qui deviendra un roman quelques années après la sortie du film.  L’esprit cruel et satirique, teinté d’absurde et de fantastique, se retrouve dans cette fable grinçante qui dénonce les bassesses d’une bourgeoisie obsédée par l’argent et sans aucune morale. Sordi, génial et hilarant comme d’habitude excelle dans ce rôle d’Italien archétypal qu’il interprétera dans plusieurs films, grandiose à force de veulerie, de malhonnêteté et la fanfaronnade, parvenant à rendre sympathique les plus odieuses crapules.

Alberto Sordi et Pierre Brasseur dans La Plus Belle Soirée de ma vie

Alberto Sordi et Pierre Brasseur dans La Plus Belle Soirée de ma vie

Là où Comencini, Risi et Monicelli quittent rarement le domaine de l’observation sociale, Scola ose un film en forme d’allégorie, avec un procès kafkaïen et un tribunal constitué de vétérans du cinéma français, Michel Simon, Pierre Brasseur, Charles Vanel et Claude Dauphin qui s’en donnent à cœur joie. La très sexy Janet Agren, actrice suédoise familière des films bis transalpins, idéale en motocycliste gainée de cuir puis en soubrette aguicheuse, ajoute au charme étrange de cette comédie italienne pas comme les autres, objet de culte auprès de nombreux cinéphiles.

Pierre Brasseur et Janet Agren

Pierre Brasseur et Janet Agren

Catégories : Sur ARTE

3 commentaires

  1. Geneviève Sabathé dit :

    Merci surtout pour les commentaires qui me prouvent, une fois de plus, que je ne peux faire amie-ami qu’avec des cinéphiles. Ce film parle de la mort comme on n’en parle qu’au cinéma quand les spectateurs sont autre chose qu’une toile de fond, un fond d’étoiles.

  2. Lise dit :

    J’ai gardé un souvenir lumineux de ce film vu il y a 30 ans. Je l’ai retrouvé avec joie sur Arte mais je suis très frustrée car il me semble qu’il a été tronqué: la version finale faisait d’après Wikipedia, 1h46 (après les coupes dues à la mort de Brasseur), la copie sur Arte, 1h41.
    Or je me souviens très clairement d’une scène, juste avant la fin, où le greffier (Claude Dauphin) se fait raccompagner par Sordi dans sa voiture et lui explique les véritables motifs pour lesquels il l’aurait condamné à mort: l’abandon de son vieux père (on sait par une conversation téléphonique qu’il ne lui rend pas visite dans son hospice), la façon dont il néglige sa femme et ses enfants, sa corruption… La dimension morale en est renforcée, puisque le crime imputé à Alfredo est plutôt douteux.
    Ai-je rêvé cette scène? Y a-t-il une raison pour qu’Arte l’ait supprimée, ou est-ce une erreur de copie?
    merci de m’éclairer

    • Olivier Père dit :

      Je ne sais quoi vous répondre je ne connais pas assez bien le film. Il était fréquent que des films italiens de cette période circulent dans plusieurs versions différentes, plus ou moins longues selon les pays, avec des copies tronquées ou plus complètes selon les formats de distribution (salles, vidéo, vostf ou vf). En France ils étaient presque systématiquement allégés d’une ou plusieurs scènes car jugés trop longs par les exploitants. il existe souvent des écarts de 20, 40 minutes ou plus entre la version française et la version originale sous-titrée. En aucun cas Arte n’a plus couper une scène pour la diffusion sur son antenne. Attention la durée des films à la télévision n’est pas tout à fait la même qu’au cinéma en raison de la vitesse de défilement des images, sans que cela implique un montage alternatif.

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