Olivier Père

Hiroshima mon amour de Alain Resnais

ARTE consacre la journée du dimanche 6 avril à Marguerite Duras, dont on célèbre le centenaire (elle est née le 4 avril 1914 près de Saigon, alors en Indochine française.) C’est dans ce cadre que ARTE diffusera demain à 22h35 Hiroshima mon amour (1959) d’Alain Resnais, premier long métrage de fiction du réalisateur, avec un scénario et des dialogues écrits par Marguerite Duras, dont la transcription sera publiée en 1960 aux Editions Gallimard.

Le point de départ du film est une commande d’Anatole Dauman, Argos-Films et Como, déjà producteurs de Nuit et Brouillard, qui souhaitent confier à Resnais un film sur la bombe atomique. Resnais sollicite d’abord Françoise Sagan puis, devant son refus, Marguerite Duras. Resnais et Duras s’accordent pour ne pas illustrer directement l’horreur d’Hiroshima, comme cela avait été déjà fait au cinéma, mais ses traces dans la mémoire des personnages. « Nous nous étions dit que nous pourrions tenter de faire un film où les personnages ne participeraient pas directement au drame, mais soit s’en souviendraient, soit en éprouveraient les effets. Nous voulions créer en quelque sorte des antihéros. » (Alain Resnais)

Emmanuelle Riva et Eiji Okada dans Hiroshima mon amour

Emmanuelle Riva et Eiji Okada dans Hiroshima mon amour

Une actrice française se rend à Hiroshima pour tourner un film sur la paix. La veille de son départ elle rencontre un Japonais qui devient son amant, mais aussi son confident. Dans une chambre d’hôtel il lui parle de sa vie et lui répète « Tu n’as rien vu à Hiroshima » alors qu’elle prétend avoir tout vu (tandis que des images d’archives montrent l’horreur des conséquences de l’explosion de la bombe atomique sur la ville et ses habitants.) Cette évocation d’Hiroshima en appelle une autre, elle aussi liée aux traces de la Seconde Guerre mondiale. Elle lui parle de son adolescence à Nevers, de son amour pour un soldat allemand qui sera tué à la Libération, de sa douleur et de son humiliation, quand elle fut tondue par les habitants de la ville.

«C’est, comme si le désastre d’une femme tondue à NEVERS et le désastre de HIROSHIMA se répondaient EXACTEMENT.» (Marguerite Duras)

Hiroshima mon amour, connaît dès sa présentation au Festival de Cannes et sa sortie un immense retentissement critique et public, véritable révolution copernicienne dans la manière d’appréhender l’art cinématographique.

Quelques mois avant A bout de souffle de Jean-Luc Godard et L’avventura de Michelangelo Antonioni (auquel il emprunte son compositeur Giovanni Fusco) Alain Resnais signe une œuvre fondatrice du cinéma moderne, qui invente des images à la fois poétiques et philosophiques (la fameuse étreinte, premier plan du film, fragments de corps nus recouverts de cendres scintillantes qui évoquent la catastrophe), des dialogues inoubliables (« Comme toi, je suis douée de mémoire. Je connais l’oubli » ; « Tu me tues. Tu me fais du bien »), un art génial du montage et de la mise en scène. Resnais collaborera avec d’autres écrivains par la suite, sans toujours parvenir à un résultat aussi éblouissant. Quant à Duras elle deviendra elle aussi, quelques années plus tard, une grande cinéaste (India Song, 1974.)

 

Hiroshima mon amour, présenté dans une version restaurée, sera disponible en replay sur ARTE+7.

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Un commentaire

  1. Jean-Pascal Mattei dit :

    On pensera ce que l’on veut du cinéma d’Annaud (émule de Lean, « étranger » dans son pays, comme il le regrettait lors d’une remise de statuette par « les professionnels de la profession », et rappelant récemment la part autobiographique du “Nom de la rose”) ou de Marguerite Duras (dont “India Song” doit beaucoup à “Marienbad”, tandis que les dialogues d’ “Hiroshima” résonnent avec ceux de Cocteau pour Bresson, dans leur formalisme extrême, leur « préciosité » – celle de Molière – à double tranchant), mais, outre la sympathie provoquée par leur position marginale dans la production nationale, ils surent bien s’entourer, notamment avec les excellents Gabriel Yared et Carlos d’Alessio.

    Aimer le cinéma revient aussi, souvent, à aimer la musique au cinéma (le discutable concept de « musique de film » ne séduit que par son hybridation avec l’image et les autres types de musique, son « impureté », pour parler comme Bazin, mais la musique de cinéma demeure avant tout musique – pardon pour ce truisme) ; voici donc un concert de Yared, personnalité humble, didactique et passionnée (on recommande son entretien en annexe), lors d’une rétrospective en 2012 à la Cinémathèque, et la version méconnue de Philippe Pascale (transfuges de Marquis de Sade et Marc Seberg : « Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans… », en toute logique pour un film sur la mémoire et le Temps) du thème entêtant du compositeur argentin, de Calcutta ou d’ailleurs (pour paraphraser Marguerite D.). Certains préféreront celle de la fidèle Jeanne Moreau, mais le morceau suivant mettra tout le monde d’accord, tant il parvient, dans sa douceur et sa fragilité, à faire le portrait troublant de Bulle Ogier sous son masque d’impitoyable dominatrice SM (à découvrir encore, sa partition pour “Delicatessen”).

    Bonne écoute !

    http://www.cinematheque.fr/

    http://www.youtube.com/watc

    https://www.youtube.com/wat

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