Olivier Père

Le Dernier Train de Gun Hill de John Sturges

Dans le cadre de son cycle western ARTE diffuse ce soir à 20h45 Le Dernier Train de Gun Hill (Last Train from Gun Hill, 1969) de John Sturges avec Kirk Douglas et Anthony Quinn. Le film brasse plusieurs thèmes majeurs du western américain : la vengeance, le racisme, le conflit entre les liens du sang et la loi, l’affrontement viril entre deux anciens amis…

Le shérif Matt Morgan (Kirk Douglas) s’est juré de retrouver les assassins de sa femme, une Indienne violée et tuée par deux jeunes cow-boys sous les yeux de leur fils. Cette scène d’ouverture place d’emblée le film sous le sceau de la violence la plus brutale, qui fera plusieurs fois sa réapparition au cour du récit.

La selle abandonnée sur les lieux du crime permet à Morgan de découvrir que l’un des deux agresseurs est le fils de son vieil ami Craig Belden (Anthony Quinn) qu’il n’a pas revu depuis des années et qui est devenu un propriétaire puissant et redouté faisant régner sa loi sur la ville de Gun Hill. Belden est un patriarche veuf et autoritaire mais qui n’a pas réussi à faire de son fils, misérable voyou, un homme. Mais Belden, attaché à son clan davantage qu’aux lois de la communauté, refuse de livrer son enfant à Morgan. Une lutte sans merci s’engage entre les deux hommes, et Morgan est contraint de se barricader dans une chambre d’hôtel avec son prisonnier en attendant de pouvoir quitter la ville par le dernier train.

On aura reconnu dans le scénario plusieurs emprunts à des classiques western réalisés quelques années plus tôt, principalement Le train sifflera trois fois* – un homme de loi seul contre la lâcheté de toute une ville – et 3h10 pour Yuma – un shérif chargé de convoyer un dangereux hors-la-loi est obligé d’attendre l’arrivée du train dans un hôtel. La production du film fut engagée par Hal B. Wallis avec la même équipe que Règlement de comptes à O.K. Corral en espérant réitérer l’immense succès de ce film. Le Dernier Train de Gun Hill bénéficie de la mise en scène solide et carrée de John Sturges, spécialiste du western et du film d’action qui signa quelques modèles du genre comme Fort Bravo et Un homme est passé, sans oublier ses triomphes au box-office Les Sept Mercenaires et La Grande Evasion avec Steve McQueen. Le Dernier Train de Gun Hill, l’un des derniers westerns notables des années 50 est surtout appréciable pour le duel entre deux formidables acteurs qu’on a toujours plaisir à retrouver dans un film, Kirk Douglas et Anthony Quinn, surtout quand ils sont bien énervés.

 

* Film également diffusé sur ARTE le dimanche 2 février à 20h45.

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3 commentaires

  1. Jean-Pascal Mattei dit :

    De John Sturges, moins côté ici que Preston, on se souvient de l’intéressant « Un homme est passé », qui anticipe à la fois le film de ce soir (Japonais lynché, culpabilité collective, exorcisme national) et Chang Cheh (Tracy en manchot, bien avant « La Rage du tigre » !). Vu en salle et en VO ce week-end « Le vent se lève » (grand film malade, pour reprendre l’expression de Truffaut à propos de « Pas de printemps pour Marnie », autre mélodrame marin) et « A Touch of Sin » (belle réussite irréductible à sa lecture marxiste). On en reparle bientôt !

    • olivierpere dit :

      Au plaisir de vous lire sur ces deux beaux films. Oui dans mon souvenir « Un homme est passé » est remarquable, sans doute le meilleur film de John Sturges.

      • Jean-Pascal Mattei dit :

        Belle fable cornélienne sur la masculinité (« Raise him a good man » expire Craig à Matt) dont l’homoérotisme figuratif – ah, ce « gosse » menotté au lit de « La Chatte sur un toit brûlant », ces corne bovines plantées dans le salon de Craig, ce fusil réclamé par Matt, pointé sous la mâchoire de Rick – réjouira les psys cinéphiles, qui présente en outre un intéressant personnage féminin (attachante Carolyn Jones, future Morticia Adams). Sturges, bien épaulé par le talentueux Charles B. Lang, qui signa le noir et blanc soyeux de « L’Aventure de madame Muir », s’éloigne délibérément de la sécheresse solaire de Zinnemann dans « Le train sifflera trois fois », pour se révéler un étonnant coloriste, largement inspiré de Hopper pour la lumière (nuages immenses dans l’Ouest des origines à la « Géant ») ou l’architecture (certaines des maisons de Gun Hill annoncent celle des Bates chez Hitchcock, lui-même admirateur du peintre), par ailleurs prophétique, puisque l’académie de danse in « Suspiria » doit beaucoup au saloon/bordel incendié, avec ses murs rouges et ses tentures vertes. Notons que Brian G. Hutton, le complice de Rick, se fera connaître en tant que réalisateur pour Eastwood dans sa période wagnérienne (« Quand les aigles attaquent » et « De l’or pour les braves ») et que Matt reprend, dix ans plus tard, la réplique de Tom Dunson (Wayne) dans « La Rivière rouge » : « I am the law », dont se souviendra Stallone pour « Judge Dredd »… L’impeccable couple Douglas/Quinn module la relation amour/haine de « La Vie passionnée de Vincent van Gogh » – à quand une diffusion de « L’Homme aux colts d’or », grand western gay (pléonasme) parmi d’autres ?

        Par curiosité, voici le remake bollywoodien du « Dernier Train de Gun Hill », réalisé en 1985, improbable et pourtant fidèle (la selle, la cicatrice, l’incendie), sauf pour l’épilogue… Enjoy !

        http://www.youtube.com/watc

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