Olivier Père

Ariane de Billy Wilder

ARTE diffuse ce soir à 20h45 Ariane (Love in the Afternoon, 1957) classique de Billy Wilder. Tout le film, situé à Paris et dont l’essentiel de l’action se déroule dans une suite du Ritz, peut se voir comme un hommage de Wilder à son maître Ernst Lubitsch, prince de la comédie de mœurs et de luxe.

Le détective privé Claude Chavasse (Maurice Chevalier) est spécialisé dans les affaires d’adultère. Sa fille Ariane (Audrey Hepburn) est fascinée par son travail et plus particulièrement par le cas de Frank Flannagan (Gary Cooper), un milliardaire américain connu pour ses frasques de séducteur à travers le monde. Lorsqu’Ariane surprend un client de son père menaçant de tuer Flannagan, elle court prévenir ce dernier du danger qui l’attend. Quand le client jaloux débarque à l’hôtel, il trouve l’homme en compagnie d’Ariane et non de sa femme infidèle. Intrigué, Flannagan organise un rendez-vous avec elle le lendemain après-midi… « L’amour l’après-midi » est d’ailleurs le titre original du film, moins chaste que le titre français, mais nous sommes très loin d’Eric Rohmer.

Wilder le confessait sans peine ; « Pendant des années j’ai eu ce panneau sur mon mur : « COMMENT LUBITSCH AURAIT-IL FAIT ? » Je le regardais toujours quand j’écrivais un scénario ou préparais un film.  Quelle direction Lubitsch prendrait-il ? Comment ferait-il paraître ceci naturel ? Lubitsch a été ma grande influence. »

Gary Cooper et Audrey Hepburn

Gary Cooper et Audrey Hepburn

Lubitsch était berlinois, Wilder viennois. Cinéastes experts dans les mystères de l’amour et des sentiments mais qui ne crachaient pas sur la grosse farce et la grivoiserie. On retrouve dans Ariane ce mélange de sophistication et de trivialité qui caractérise les comédies des deux cinéastes. Wilder se souvient de la virtuosité avec laquelle Lubitsch filmait les portes et les chambres d’hôtel, comme des petits théâtres de l’intime dans lesquels se font et se défont les couples, au gré de situations farfelues et de malentendus chorégraphiés avec une précision d’orfèvre. La séquence où un mari jaloux venu tuer son rival découvre Ariane à la place de sa femme dans les bras du séducteur est un splendide morceau d’anthologie représentatif de la « Wilder’s Touch ». Epoque oblige, les allusions sexuelles chez Wilder sont un peu plus osées que chez Lubitsch. Ariane est une comédie sentimentale pleine de charme et d’intelligence, mais c’est aussi l’histoire scabreuse d’un playboy vieillissant et d’une jeune fille à peine sortie de l’adolescence. La différence d’âge entre les deux personnages dissuada Cary Grant, initialement pressenti, d’accepter le rôle. C’est finalement Gary Cooper, de trois ans son aîné, qui interprète ce séducteur cynique au comportement immature qui va fondre pour une petite française innocente qui feint d’être une croqueuse d’hommes alors qu’elle vit son premier amour. L’alchimie fonctionne à merveille entre Cooper et Audrey Hepburn, plus belle et émouvante que jamais.

C’est aussi avec ce film que Wilder inaugure une collaboration fertile avec le scénariste I. A. L. Diamond et le décorateur Alexandre Trauner. Les trois hommes se retrouveront à plusieurs reprises sur des chefs-d’œuvre comme La Garçonnière ou La Vie privée de Sherlock Holmes.

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