Olivier Père

Les Nuits rouges de Harlem de Gordon Parks

Dans le cadre de son « Summer of Soul », ARTE diffuse ce soir à 20h45 Les Nuits rouges de Harlem (Shaft, 1971). Historiquement c’est un film important. Il s’agit d’un des premiers films de studios confiés à un cinéaste noir, le reporter-photographe Gordon Parks. C’est aussi le titre étalon de la « Blaxploitation », avec Sweet Sweetback’s Baad Asssss Song de Melvin Van Pebbles, réalisé la même année. Ces titres séminaux représentent les deux versants de la Blaxploitation, et leur succès phénoménal au box-office va engendrer une horde de rejetons déviants. Tandis que le brûlot de Van Pebbles est une production indépendante très radicale dans son propos et sa forme, reprenant l’héritage politique de Malcolm X pour proposer une image rebelle et orgueilleuse de l’homme noir, et se réapproprier le langage cinématographique confisqué par Hollywood et la suprématie blanche, Les Nuits rouges de Harlem offre une version « noire » du film de détective traditionnel, avec son lot de conventions et de clichés. Shaft (interprété par Richard Roundtree, moins charismatique que Fred « Black Caesar » Williamson) est donc l’alter ego noir de Mike Hammer et Sam Spade. Il est juste un peu plus viril et « cool ». Une histoire d’enlèvement le fait croiser la police, la pègre de Harlem et les Black Panthers, qui unissent leurs efforts pour empêcher l’infiltration de la mafia dans les quartiers noirs de New York. Aussi à l’aise dans les commissariats que les repaires d’activistes, Shaft joue davantage les médiateurs que les justiciers. Il est du bon côté de la loi et de la morale, tandis que la « Blaxploitation » érigera souvent en icônes subversives des tueuses (Foxy Brown), des gangsters (Black Caesar, le parrain noir de Harlem) des maquereaux (The Mack) ou des dealers (Superfly), plus proche en cela du « message » de Van Pebbles.

Comparé aux polars de la « Blaxploitation » qui vont se multiplier dans les années 70, Les Nuits rouges de Harlem est un film sobre qui ne s’empêtre pas dans le carnavalesque vestimentaire et le folklore ethnique de séries B souvent grotesques, bâclées et fauchées. Glorifié par l’inusable thème d’Isaac Hayes (qui lui vaudra l’oscar de la meilleure chanson originale et un immense succès), Les Nuits rouges de Harlem est un petit polar nonchalant dont la mollesse sympathique apparaît aujourd’hui comme un témoignage formel d’une époque très marquée par les séries télévisées.

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