Ajami de Scandar Copti et Yaron Shani

Ce soir on pourra revoir ou découvrir à 20h50 sur Arte Ajami, premier long métrage coréalisé par Scandar Copti et Yaron Shani, dans le cadre du festival du cinéma d’Arte à l’antenne jusqu’au 23 novembre.

Ajami

Ajami

Ajami était le film de clôture de la 41ème Quinzaine des Réalisateurs en 2009, soit le dernier film que j’ai présenté en tant que délégué général de la section indépendante cannoise. Son retentissement critique et public et son succès international furent remarquables et le film demeure encore aujourd’hui, hélas, d’une actualité brûlante. C’est sans doute le film qui est parvenu à capter avec le plus d’urgence, de vérité et d’authenticité – sans jamais oublier le cinéma – la situation explosive entre Juifs, Arabes et Chrétiens en Israël, au quotidien et au raz du bitume. Tourné à Jaffa, Ajami est un récit choral qui mêle plusieurs registres d’histoires et de genres (y compris l’animation !), une mosaïque qui parvient à retranscrire la complexité et la diversité des relations entre les différentes communautés. La virtuosité de la narration s’accorde avec une mise en scène sans fioriture qui adopte un style proche du documentaire (authenticité renforcée par l’emploi de comédiens non professionnels, souvent utilisés dans un contexte qui est le leur). Cette méthode a déjà fait ses preuves, et l’on se surprend à penser aux meilleures réussites de Francesco Rosi dans les années 60 (Mains basses sur la ville, Le Moment de vérité) et même le Scorsese première période de Mean Streets. Car Ajami est un drame, une histoire d’amour, une fresque sociale et politique, mais c’est aussi un thriller haletant, une saga maffieuse comme on n’en avait jamais vu à l’écran avec loi du talion, règlements de comptes et guerres des gangs. Entre faits-divers criminels et tensions interraciales et religieuses, la tragédie n’est pas loin dans Ajami qui brasse une matière impure pour mieux dénoncer une réalité où la mort, l’absurdité et la violence sortent seules victorieuses.

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