Walter Hill, un accident hollywoodien

Sans retour (1981)

Sans retour (1981)

On ne parle plus beaucoup de Walter Hill aujourd’hui, mais a-t-on jamais vraiment parlé de lui ? Pas sûr que son retour à la mise en scène avec Bullet to the Head, un polar violent avec Stallone annoncé pour l’année prochaine, ne change la donne. Mais Walter Hill a signé quelques bons films dans les déjà lointaines années 70 et 80 et nous sommes quelques-uns à nous en souvenir.

The Driver (1978)

The Driver (1978)

Né en 1942, scénariste, producteur (notamment des trois premiers Alien), réalisateur, Walter Hill se définit lui-même comme le dernier « accident » hollywoodien. Sans aucune formation cinématographique ce jeune étudiant californien tente d’abord sa chance dans l’armée, puis s’intéresse à l’écriture et au cinéma. C’est sous le double parrainage de Sam Peckinpah (qui filme en 1972 son adaptation du Lien conjugal de Jim Thompson, Guet-apens, avec Steve McQueen) et de Charles Bronson qui interprète le rôle principal de son premier – et meilleur ? – film, Le Bagarreur (Hard Times, 1975) que Walter Hill fait une entrée remarquée à Hollywood. Driver, Le Gang des frères James, Les Guerriers de la nuit, Sans retour, Les Rues de feu sont autant de relectures du cinéma classique américain mis au goût du jour (pessimisme et ironie) et de la mode (la bande dessinée, l’esthétique encore balbutiante des clips et des jeux vidéo). Hill appartient à une période charnière et particulièrement ingrate de la production commerciale : les « wonder boys » des années 70 ont perdu un pouvoir artistique brièvement arraché aux studios, mais il reste encore une petite marge de liberté pour que des individualistes comme Walter Hill puissent tourner quelques films à leur guise. Plus pour longtemps. La seconde moitié de la carrière de Hill subira les conséquences des échecs commerciaux de ses films les plus personnels (Driver, Sans retour), avec cependant des sursauts d’ambition où l’on retrouve l’archaïsme anarchisant de ses débuts (Les Pilleurs, Un seul deviendra invincible). Walter Hill est conscient de s’inscrire dans l’histoire d’un cinéma viril américain, de plus en plus obsolète et désuet. Même ses titres pyrotechniques comme Les Guerriers de la nuit et Extrême Préjudice, variations autour des séries B de violence urbaine ou des westerns de Sam Peckinpah, frappent avant tout par leur fausse sophistication, leur énergie rudimentaire, un comportementalisme frustre hostile à la psychologie.

The Driver (1978)

The Driver (1978)

Dans une filmographie inégale (beaucoup de nanars) mais sympathique, on retiendra surtout Driver (The Driver, 1978) exercice de style autour des figures archétypales du film noir, tenté par l’abstraction sous influence de Jean-Pierre Melville et du cinéma japonais; et Sans retour (Southern Comfort, 1981) réflexion sur la barbarie et la paranoïa dans laquelle Walter Hill explore d’inconfortables zones d’ombre, y compris celles de son propre cinéma (le conflit entre le vérisme et l’onirisme – marqué par l’utilisation du ralenti, une certaine fascination pour la violence.)

Extrême Préjudice (1987)

Extrême Préjudice (1987)

Extrême Préjudice (Extreme Prejudice, 1987) est son dernier très bon film. C’est un western moderne inspiré par La Horde sauvage de Peckinpah. Il est possible que la réussite du film doive autant à Hill qu’à son scénariste John Milius, personnage important et talentueux du cinéma américain contemporain.

Mais nous n’avons pas vu les deux derniers films « sérieux » de Walter Hill, deux biographies historiques, l’une sur Géromino (écrite également par John Milius en 1993), l’autre sur James Butler Hickok (Wild Bill, 1995) avec Jeff Bridges dans le rôle-titre.

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