Olivier Père

Gloria de John Cassavetes

Gena Rowlands dans Gloria (1980)

Gena Rowlands dans Gloria (1980)

Gloria est un chant d’amour. Ce film de John Cassavetes, réalisé en 1980, est réputé mineur, parce que moins libre et expérimental que des titres comme Shadows ou Faces. Foutaises. Un cinéaste qui filme la femme qu’il aime fait souvent un beau film. Gloria est un très beau film, et Gena Rowlands y est géniale.
Gloria, une new yorkaise solitaire, recueille Phil le jeune fils de ses voisins de palier assassinés par des tueurs de la mafia. Gloria, qui fut autrefois la maîtresse d’un gangster, décide de protéger Phil et tente de négocier sa vie auprès de la pègre, n’hésitant pas à employer la violence.
Sous ses faux airs de film noir, Gloria traite avant tout de l’histoire d’un couple inhabituel, un petit homme et une femme mûre, bientôt soudés par une amitié née au contact du danger et de la mort. Gloria est un nouveau documentaire à la gloire de Gena Rowlands, l’actrice et la femme, mais Cassavetes ne néglige pas le jeune garçon, John Adames, admirablement dirigé.
Cassavetes considérait Gloria comme « un accident » et n’en était pas très fier. Il aurait écrit ce scénario pour répondre au reproche de Gena Rowlands qui l’accusait de ne pas s’intéresser aux enfants. Il s’agit d’un film distribué par un studio (qui imposa au cinéaste la musique de Bill Conti), une production presque normale et commerciale. Cassavetes évite les pièges des fictions lacrymales avec gamin orphelin et adulte dur au cœur tendre, ou les conventions du polar, mais il accorde plus d’importance au scénario que dans ses films plus indépendants et radicaux.

Gena Rowlands dans Gloria (1980)

Gena Rowlands dans Gloria (1980)

Pour ceux qui taxent l’œuvre de Cassavetes de complaisance, Gloria apparaîtra comme un compromis acceptable entre les méthodes et les exigences du cinéaste et les attentes du grand public. On a en effet le droit de préférer suivre la cavale de ce duo improbable et magnifique que d’assister aux crises d’hystérie conjugale ou aux interminables beuveries viriles des grands films de Cassavetes, qui a choisi de montrer les émotions et les relations sociales entre les êtres au mépris des règles de la fiction traditionnelle. Pour les admirateurs du cinéaste, c’est un opus négligeable mais en aucun cas indigne car Cassavetes conserve une croyance indéfectible en ce qu’il filme et place ses acteurs au centre de son travail. Pour nous, ce n’est pas loin d’être un chef-d’œuvre.

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