Olivier Père

Cannes 2013 Jour 10 : Michael Kohlhaas de Arnaud des Pallières (Sélection officielle – Compétition)

Au XVIème siècle dans les Cévennes, le marchand de chevaux Michael Kohlhaas mène une vie familiale prospère et heureuse. Victime de l’injustice d’un seigneur, cet homme pieux et intègre lève une armée et met le pays à feu et à sang pour rétablir son droit. Cette adaptation du bref et génial roman de Kleist, chef-d’œuvre de la littérature allemande et récit philosophique indépassable sur les thèmes de l’injustice, de la résistance et de l’oppression marque une étape importante dans la carrière d’Arnaud des Pallières, toujours épaulé de son fidèle producteur Serge Lalou (Les Films d’Ici.)

La forme est celle d’un récit épique proche du western, qui réconcilie la force tellurique des fresques de Kurosawa ou des histoires de vengeance d’Anthony Mann, et la stylisation extrême d’un Bresson (Lancelot du Lac) où la violence est systématiquement suggérée.

La modernité du film ne réside pas seulement dans sa mise en scène, mais aussi dans les correspondances assez frappantes entre la quête individualiste, extrémiste et suicidaire de Kolhlaas et le terrorisme actuel, à mille lieues de la figure romantique du révolutionnaire ou du voleur de grand chemin.

Le film est porté par l’interprétation magnifique de Mads Mikkelsen, qui offre son physique de statue guerrière à un personnage d’homme ordinaire transcendé par le sentiment d’injustice. Des Pallières cherchait un Clint Eastwood jeune pour incarner Michael Kolhlaas, il l’a sans conteste trouvé avec Mikkelsen, ici au sommet de son charisme.

Michael Kolhlaas est une coproduction ARTE France Cinéma et ZDF / ARTE, distribuée en France par Les Films du Losange.

 

Entretien avec Mads Mikkelsen

 

Pouvez-vous nous parlez de votre première rencontre avec Arnaud des Pallières ?

Ma première rencontre avec Arnaud a eu lieu à Copenhague. J’avais lu le scénario et je l’avais aimé donc nous avons pris rendez-vous. Il a refusé de parler en Anglais alors qu’il le parle très bien, donc c’est son producteur Serge Lalou qui a servi d’interprète. J’avais trouvé le scénario très radical, mais Arnaud l’était encore plus. J’ai exprimé plusieurs idées, de questions et suggestions au sujet du projet, elles n’étaient pas mauvaises je pense, mais Arnaud a dit « non » à toutes. C’était un premier contact assez surprenant ! Mais cela a attisé ma curiosité car j’ai compris qu’il portait en lui une vision très forte du film. C’est ce qui m’a poussé à accepter.

Vous aimez travailler avec des réalisateurs qui ont beaucoup de caractère et qui savent ce qu’ils veulent ?

Ils n’ont pas besoin d’être durs ou difficiles, mais ils doivent se sentir investis d’une mission. Même s’ils ne sont pas capables de l’exprimer avec des mots, mais il faut que je sois capable de sentir qu’ils veulent et qu’ils peuvent réaliser quelque chose d’important. C’est un très bon début.

Au sujet du personnage de Michael Kolhlaas, avez-vous trouvé un terrain d’entente avec le réalisateur ?

Oui bien sûr. Arnaud ne refuse pas tout, il donne aussi beaucoup de liberté aux acteurs. Il espère que l’acteur va apporter son vécu, son expérience au personnage.

Mads Mikkelsen (© Paul Blind)

On pense beaucoup au western devant le film : non seulement les grands espaces sauvages mais aussi les personnages et les thèmes de la vengeance, de la justice et de l’individu contre le système…

Nous étions conscients que cette quête de justice était un sujet de western. Quand vous êtes acteur vous espérez que certains spectateurs pourront s’identifier à votre personnage. Michael Kolhlaas est un homme ordinaire, un bon père et un bon mari. Mais il a cette obsession irrationnelle de réclamer la justice, même s’il sait au fond de lui même que cela va le conduire à sa perte et qu’il devrait renoncer à tout prix. Il est très tourmenté émotionnellement et sur le point de craquer à plusieurs reprises dans le film. Mais il fait tout pour ne pas se laisser déborder par ses émotions. Il est si têtu qu’il tient bon, et s’enferme dans la solitude et le jusqu’au boutisme.

Avant le tournage du film vous ne montiez pas à cheval et vous ne parliez pas français !

Je montais un peu à cheval, mais là il fallait vraiment que je me sente très à l’aise. Pour le Français c’était comme retourner à l’école, avec des cours tous les matins. C’est difficile de jouer dans une langue qu’on ne connaît pas, mais cela m’a beaucoup aidé que personne ne parle Anglais sur le tournage. Il fallait que je maîtrise le plus possible le Français et l’équitation pour pouvoir les oublier et me concentrer sur mon personnage.

Que retenez-vous de cette expérience de tournage ?

Il y avait beaucoup d’éléments extraordinaires et inhabituels pour moi. Je suis resté six semaines avec le cascadeur qui s’occupait des chevaux, accompagné de sa famille. Quand j’aide la jument à mettre bas, c’est évidemment quelque chose que je n’avais jamais fait. C’était vraiment spécial. Kolhlaas l’a fait plusieurs fois, pas moi.

Vous alternez les blockbusters hollywoodiens et les films d’auteur en Europe, j’imagine que vous avez envie de cultiver cet éclectisme ?

Oui j’ai envie de continuer ainsi, j’aime faire les deux et cela me rend heureux. Mais ce n’est pas moi qui décide, cela dépendra de ce que l’on me propose.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Catégories : Actualités · Coproductions

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