Moins de deux mois après le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, alors que des centaines de milliers de fonctionnaires fédéraux ont été licenciés et des agences gouvernementales comme l'USAID, pratiquement liquidées, les grandes universités du pays sont à leur tour prises pour cible par son administration. Accusées d'être devenues les bastions de la pensée “woke” et d'une jeunesse dangereusement radicalisée, taxée entre autres d'antisémitisme, Columbia (à New York), Berkeley (près de San Francisco), Northwestern (près de Chicago) et Harvard (à Cambridge, près de Boston) figurent parmi les premières à essuyer les foudres du nouveau pouvoir. À travers le pays, l'offensive prend toutes les formes : arrestations discrétionnaires d'étudiants étrangers, révocations de visas… Première frappée, Columbia cède aux diktats de l'exécutif, qui exige un droit de regard sur le recrutement comme sur le contenu académique de ces établissements jusque-là autonomes. Harvard, qui résiste, se voit retirer le droit d'accueillir des étudiants étrangers, qui constituent le quart de ses effectifs et lui apportent des revenus substantiels. Au sein de la plus ancienne, riche et prestigieuse université des États-Unis, la peur se propage en même temps que la colère…
État de choc
Alors en résidence sur le campus, les auteurs de cette série documentaire ont vécu de l'intérieur un bras de fer qui va durer des mois, jusqu'à une première victoire judiciaire : le 3 septembre 2025, une juge fédérale annule le gel de plus de 2,2 milliards de dollars de subventions de recherche retirées à l'université. Mais la bataille est loin d'être terminée. Donnant la parole à des étudiants et enseignants en première ligne de la rébellion, au discret président de l'université, Alan Garber, mais aussi aux représentants de l’administration Trump, La bataille de Harvard retrace en trois volets une lutte qui, dans un pays mis en état de choc par la brutalité de l'offensive Maga ("Make America great again"), devient un des symboles de la résistance. Elle exhume aussi les racines d'une guerre culturelle aux ramifications profondes pour éclairer un moment de bascule historique : la fragilisation accélérée des institutions intellectuelles dans une démocratie confrontée à la montée de l’autoritarisme.