Manuela, 13 ans, fait partie de la colla castellera Menuts de Santa Vènia, une équipe soudée composée de femmes, d’hommes et d’enfants qui érigent des tours humaines appelées castells, une tradition régionale en Catalogne. Deux semaines après la nuit de la Saint-Jean, l’adolescente est interrogée par des enquêteurs au sujet d'une agression sexuelle dont elle aurait été victime et qui impliquerait trois autres membres de la troupe, dont son meilleur ami, Pol. Peu de temps avant les faits, Pol fêtait ses 14 ans dans la propriété de son grand-père, entouré de ses proches, dont son père, président de la colla, sa tante Julia Esparver, journaliste féministe, et Manuela...
Équilibre fragile
Prenant ancrage dans l’univers des castellers catalans, cet intense thriller psychologique, signé par l’actrice et réalisatrice féministe Leticia Dolera (Perfect Life), fait résonner avec brio la construction de ces édifices à l’équilibre fragile avec celle des corps qui se transforment à la puberté. À l’instar de la tour humaine, dont la base est formée par les adultes et le sommet par les enfants du groupe, la prise d’autonomie des plus jeunes exige un socle solide ainsi qu’une inébranlable cohésion d’équipe. C’est ainsi que sous l’effet d’un ensemble de facteurs ici finement explorés, un groupe d’adolescents se voit entraîné dans la chute. Portée par une mise en scène et une direction d’acteurs parfaitement maîtrisées, Les secrets de la Saint-Jean aborde avec force et pudeur des faits de violence sexuelle, tantôt sous l’angle parental, tantôt sous celui de l’enfance blessée, dans une société marquée par le patriarcat. Lorsque la vérité éclate, elle questionne habilement la responsabilité collective par le prisme de la justice restaurative.