Après quatorze ans de vie commune, Álex et Alejandra, quadragénaires madrilènes évoluant dans le milieu du cinéma, décident de se séparer. Pour marquer dignement leur harmonieuse rupture, le couple, appliquant un précepte cher au père d’"Ale", entreprend d’organiser une fête, qui réunirait leurs amis et leurs proches le dernier jour de l’été. Mais entre les réactions, de la consternation à l’enthousiasme, et les contraintes logistiques, la préparation de l’événement draine tout un flot d’émotions…
"Un mariage à l’envers"
Raconter une histoire d’amour par sa fin sans recourir au flash-back, c’est le défi relevé avec maestria par Jonás Trueba (Eva en août) dans cette comédie romantique "comme un mariage à l’envers", empreinte du charme et de la mélancolie d’une fin d’été. Doux portrait d’une génération, voire d’une bande, la sienne – et celle aussi de la série Los años nuevos dont les protagonistes croisent le tournage dans les rues de Madrid –, le film du cinéaste espagnol déploie une habile mise en abyme à travers celui dont Ale (Itsaso Arana, muse du réalisateur et coscénariste) tente dans la douleur d’achever le montage. Cette réflexion sur le couple, dont la rupture annonce tout à la fois une libération et une déchirure, navigue d'Alex à Alejandra pour exprimer avec élégance et légèreté la profondeur de la fracture. Répétant trop à l’envi que "tout va bien" en dépit de leur séparation, les deux héros se guettent, entre silences et propos contradictoires, se débattant dans un écheveau d’émotions dont la caméra aérienne capte toutes les nuances, formidablement transmises par le duo d’acteurs – Vito Sanz (le lunaire Álex) a lui aussi participé à l’écriture. Invitant à la fête de ces adulescents sensibles dans la belle scène finale, Jonás Trueba convoque aussi dans Volveréis (le titre espagnol, "Vous reviendrez") son père Fernando, cinéaste comme lui, qui y incarne celui, fantasque, d’Ale. Une irrésistible affaire de famille.