Les survivants, l’impossible départ après la Shoah (1/2)

1945

1 min

Disponible à partir du 27/01/2026

À la télévision le mardi 27 janvier à 21:00

De 1945 à 1950, la longue attente des juifs rescapés rêvant de fuir l'Europe où les leurs ont péri : racontée à travers les écrits vibrants de celles et ceux qui l'ont vécue, cette histoire méconnue retrace aussi la naissance de l'État d'Israël et les prémices de l'interminable guerre israélo-palestinienne.

Le 8 mai 1945, alors que des millions d'Européens et d'Américains célèbrent dans la liesse la défaite du nazisme, les rescapés du camp de Bergen-Belsen n'ont nulle envie de danser, écrit l'une d'entre eux, Hadassa Bimko, originaire de Pologne. "Nous n'avions aucune raison d'espérer. Personne ne nous attendait nulle part." La majorité des quelque 60 000 rescapés juifs des camps de la mort veulent quitter cet immense cimetière qu'est devenu le continent, surtout quand ils viennent d'Europe centrale et orientale, où l'antisémitisme continue de tuer. Ils découvrent bientôt que loin de leur tendre la main comme ils l'espéraient, le monde préfère les oublier. En cet automne 1945, tandis que des millions de personnes, civils et militaires, errent sur les routes d'une Europe dévastée, les puissances alliées parquent à la hâte les "personnes déplacées" (ou "DP", selon l'acronyme anglophone) juives dans de nouveaux camps, parfois à proximité des anciens. Si les conditions précaires vont peu à peu s'améliorer et s'ils sont autorisés au bout de quelques mois à sortir de l'enceinte du camp, ces rescapés indésirables ne peuvent ni retourner là d'où ils viennent, ni émigrer : les États-Unis et le Royaume-Uni, qui administre la Palestine, leur opposent des quotas drastiques. Aussi l'attente va-t-elle se prolonger bien au-delà de ce qu'imaginent les survivants des camps, encore hébétés par l'horreur qu'ils viennent de traverser.

Renaissance
Anita Lasker, Sonia Schreiber, Riva Minsky, Simon Schochet, Izik et Rochelle Sutin, Yakov Biber… Les mots si évocateurs de ces survivants, prolongés par leurs archives personnelles ou, dans le cas du peintre Samuel Bak, par ses aquarelles et dessins, restituent leur histoire en partie méconnue dans ces lieux transitoires ouverts à la hâte dans les zones d'occupation alliées en Allemagne, Autriche et Italie. Cette longue attente voit beaucoup d'entre eux refonder une famille et commencer à reconstruire leur vie, dans la sécurité et la chaleur d'une communauté qui a partagé les mêmes souffrances. Véritables creusets de la renaissance juive – culturelle, sportive, politique, religieuse… –, les camps ont abrité jusqu'à 250 000 "DP", dont plus de la moitié vont émigrer en Israël, clandestinement et au péril de leur vie avant la naissance de l'État hébreu en mai 1948, puis massivement ; 80 000 autres pourront partir aux États-Unis. La force émotionnelle de ces voix aujourd'hui défuntes et de ces archives rares résonne profondément dans le présent. Car elle raconte aussi le rêve d'une vie meilleure porté par tous les réfugiés et les proscrits du monde, et exhume les ferments de la guerre israélo-palestinienne. En juillet 1948, tandis que les rescapés emplis d'espoir gagnent enfin leur Terre promise, quelque 750 000 Palestiniens perdent leur foyer et leurs terres… 

Réalisation

  • Antoine Dauer

  • Michèle Dominici

Pays

France

Année

2025

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