De 1922 à 1996, l’Église catholique irlandaise, avec la complicité active de l’État, a emprisonné dans des institutions des milliers de femmes : mères célibataires placées dans des "foyers pour mères et bébés" puis séparées de force de leurs enfants, qui seront adoptés, envoyés dans des "écoles industrielles" ou qui trouveront la mort dans des circonstances troubles ; jeunes filles vulnérables contraintes de vivre et travailler sans rémunération dans les blanchisseries des couvents de la Madeleine... En Irlande, la blessure reste à vif : malgré les preuves et les témoignages qui ont brisé l’omerta, les victimes, marquées à vie, n’ont jamais obtenu réparation. Depuis quinze ans, plusieurs de ces survivantes, soutenues par l’organisation militante Justice for Magdalenes, se battent pour que justice soit enfin rendue, et pour que l’État irlandais reconnaisse son écrasante responsabilité dans ces crimes gravissimes.
Témoignages et plaidoyer
Emprisonnement et travail forcé, vol et trafic d’enfants, torture, expérimentations médicales sur des bébés… Malgré des excuses publiques présentées en 2013 devant le Parlement par le Premier ministre Enda Kenny, qui a qualifié ce système de "honte nationale", et la création d’une commission d’enquête sur le sujet, rien de concret n’en a résulté pour les victimes, souvent très âgées, qui attendent toujours une reconnaissance officielle et une indemnisation du préjudice subi. De Dublin jusqu’au Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, ce film retrace un long combat pour défendre leurs droits, et donne la parole à quelques-unes d’entre elles : anciennes filles mères à qui on a arraché leur bébé – dont celle qui inspira le film Philomena de Stephen Frears – ou personnes nées dans l’un de ces foyers, qui ont appris sur le tard avoir été la proie d’un trafic d’enfants.