Dans une petite ville du Luxembourg, Edith, quinquagénaire célibataire, s’est fait porter pâle. Elle rejoint à vélo le cimetière tout proche, où elle voit arriver son ex-mari, Lucas, qui a fait la route depuis les Pays-Bas. Elle ne l’avait pas revu depuis leur séparation, dix ans auparavant. S’ils se retrouvent ici, c’est parce que le corps de leur fils unique, dont le décès accidentel avait fait voler leur couple en éclats, doit être déplacé, des toxines s’étant infiltrées dans le sol où il est enterré. En attendant l’arrivée de l’employé qui doit procéder à l’exhumation, les deux anciens conjoints vivent des retrouvailles émouvantes et douces-amères – une parenthèse qui leur offre de revisiter les années écoulées, d’exprimer chacun leur vérité sur la tragédie et de faire parler un chagrin encore à vif.
Chemins contraires
Quelques heures dans la vie d’un homme et d’une femme, entre les tombes d’un cimetière : adaptation d’une pièce à succès de la dramaturge néerlandaise Lot Vekemans, Poison prend la forme d’une longue conversation qui explore les chemins contraires du deuil, la quête de sens et de consolation, et la difficulté de survivre à la perte d’un enfant, peut-être la plus indicible des douleurs. Edith, désespérée de ne pas savoir tourner la page, y répond par l’amertume et le cynisme ; Lucas tente malgré tout d’aller de l’avant et de transfigurer sa peine par l’écriture. Drame minimaliste habillé de couleurs automnales, ce premier film de fiction de Désirée Nosbusch s’appuie sur la puissance de ses dialogues, qui reconstruisent en pointillés la trajectoire des deux personnages, et sur le jeu subtil, tout en nuances, de son duo d’acteurs. Face à la Danoise Trine Dyrholm (La voisine danoise), le Britannique Tim Roth offre une interprétation particulièrement poignante. Au moment de la production du film, le comédien traversait lui-même une épreuve proche de celle de son personnage : quelques mois après la fin du tournage, son plus jeune fils était emporté par le cancer contre lequel il luttait.