Allemagne, 1928 (ou Europe, de nos jours ?). Un groupe de lecture s’interroge : lorsque Marx écrit dans son Capital : "Le capital est du travail mort qui ne s'anime, tel un vampire, qu'en suçant du travail vivant", parle-t-il de manière littérale ? Pendant ce temps-là, un acteur ayant été engagé pour jouer Trotski dans un film de Sergueï Eisenstein, puis forcé à l’exil par la censure stalinienne, arrive dans la région. Sous la fausse identité d'un baron de l’aristocratie russe déchue, il intègre les déjeuners de la bonne société conservatrice grâce à l'intervention de l'héritière d'un riche industriel. La jeune femme, fantasque et en manque de sensations fortes, voit dans le secret de l'exilé une manière de s'encanailler auprès du prolétariat. Ces derniers jours, la haute société commente l’apparition de "puces chinoises" qui piquent les plus pauvres. Les puces laissent deux marques distinctes, toujours au cou ou au poignet…
L'homme n'est pas fait pour travailler
Anachronismes volontaires, fixité des plans, détails surréalistes, mélange d'acteurs professionnels et d'amateurs, dialogues baroques… Le cinéma de Julian Radlmaier – scruté outre-Rhin depuis Autocritique d'un chien bourgeois, son premier long métrage où il se dépeignait en réalisateur communiste transformé en chien bien né (!) – a trouvé son canevas. Présenté à la Berlinale, Suceurs de sang – Une comédie marxiste de vampires creuse le même sillon politique sous un angle absurde et pince-sans-rire, et caricature avec un plaisir féroce le mépris des élites souveraines autant que la violence aveugle des prolétaires déçus d'un marxisme non advenu. Sans oublier de tisser, le temps de scènes de repos, de pauses ou de balades, un bel éloge de l'oisiveté face à la valeur travail. On se délecte de cette charge virulente et drôlissime contre une classe dominante dont les membres se transforment en vampires au premier achat d'actions et s'effarouchent d'éléments communistes dans les usines, arguant qu'"avec des fascistes on aurait pu discuter". Toute ressemblance…