Despote sanguinaire et de plus en plus solitaire, Michael affermit sa couronne, dirigeant d'une main de fer l'empire légué par son père, et cherche à étendre ses diverses activités criminelles à Las Vegas, Hollywood et Cuba. En parallèle, le film conte en flash-back l'ascension de son défunt père, Vito, petit orphelin sicilien victime de la Mafia, immigrant miséreux des années 1910, puis jeune bandit plein d'ambition.
Suite exponentielle
Comment enchaîner après un chef-d’œuvre ? À cette question pour le moins épineuse, Francis Ford Coppola, tout juste auréolé du mégasuccès du Parrain, répondit de la plus naturelle des façons : en le surpassant, à peine deux ans après, avec Le parrain, 2e partie. Une suite à laquelle il se refusa dans un premier temps, estimant avoir offert en 1972 une œuvre close sur la corruption de l’âme à travers le destin de Michael Corleone, l’héritier du crime qui croyait ne pas vouloir de la couronne ensanglantée de son père. Le cinéaste en trouva finalement la clé en échafaudant un récit en poupées russes qui entrelaçait, à l’aide d’un savant montage parallèle, le présent de Michael avec le passé de son géniteur, Don Vito Corleone, de son enfance sicilienne à son ascension dans la hiérarchie de la violence. Au centre de cet écheveau narratif ambitieux, deux performances exceptionnelles : celles, toutes en intériorité, d’Al Pacino et de Robert De Niro, pour la première fois réunis à l’écran bien que séparés par la frontière invisible du temps. De façon plus sombre et radicale encore que dans le premier opus, Coppola retourne comme un gant le mythe de l’American Way of Life, en le teintant du rouge des innombrables crimes de deux hommes obnubilés par la quête du pouvoir absolu, et aveuglés par leur volonté de protéger leur famille, sans se rendre compte que leurs décisions la détruit méthodiquement. Un chemin tortueux vers l’enfer, que le fidèle chef opérateur Gordon Willis fait briller de teintes sépia hypnotiques. Au croisement du naturalisme rugueux d’Elia Kazan (qui devait jouer le rôle du gangster Hyman Roth, finalement tenu par le mentor de Pacino, Lee Strasberg) et du lyrisme opératique de Luchino Visconti, cette suite jamais redondante constitue le plus haut sommet de la filmographie de Coppola.