Olivier Père

Il était une fois en Amérique

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2 commentaires

  1. Gaël FROMENTIN dit :

    Revu ce matin. Votre texte est magnifique. Je ne connaissais pas l’inspiration proustienne et pour c’est effectivement limpide. Céline , cela me semble moins évident. Il était une fois en Amérique est d’une beauté sans nom. Un bémol quand même sur la représentation du viol : évidemment, Leone n’en fait pas l’apologie mais une ambiguïté persiste. Vous parlez aussi de l’Impasse, qui me semble très inspiré du Leone effectivement et d’une ampleur comparable : qu’en pensez-vous Olivier ?

    • Olivier Père dit :

      Merci pour votre commentaire. Dans les faits, Noodles ne commet pas un viol dans le film (celui de Deborah) mais deux. Il viole aussi Carol (interprétée par Tuesday Weld) lors de la scène de hold-up chez les diamantaires. La sexualité de Noodles est présentée comme brutale et primaire tout au long du film. Il est partagé entre voyeurisme et passivité totale – les scènes où il observe Deborah – ou accès de violence y compris envers la femme qu’il considère l’amour de sa vie. Il y a en effet beaucoup d’ambiguïté autour de ce personnage. Cela passe aussi par sa fascination pour son ami Max (pervers, libertin et dominateur), qu’on pourrait prendre pour une forme d’homosexualité passive. il y a aussi de l’ambiguïté dans le traitement des personnages féminins chez Leone, cinéaste foncièrement machiste. Même s’il a offert à Claudia Cardinale un rôle magnifique dans Il était une fois dans l’ouest, le personnage de Jill comme celui de Deborah est avant tout un fantasme masculin. le courage caractérise Jill, à la fois matrone et putain, aussi forte qu’un homme pour survivre dans l’ouest, tandis que Deborah n’est que pur mystère, créature sublime, inaccessible et fuyante. Noodles, individu primitif, ne trouve d’autre moyen que le viol pour la posséder. Le film de Leone a le mérite et l’ambition de montrer des gangsters comme des bêtes sauvages et vulgaires, sans volonté d’idéalisation. C’est le naturalisme et la trivialité du cinéma de Leone, poussés ici à leur paroxysme. Tous les sentiments sont excessifs dans le film, et tous sont détruits et trahis par la violence (l’amitié pour Max, l’amour pour Deborah). Sous ses aspects de fresque historique mafieuse, le film de Leone est très mélancolique, désenchanté (on l’a beaucoup dit et écrit) mais aussi très pervers, sadique, traversé par des monstres sans aucun respect pour la vie humaine. La scène du viol de Deborah a beaucoup choqué dès la présentation du film à Cannes. Les propos de Leone à son sujet aussi – il la défendait comme une scène d’amour désespérée. De Niro s’est vite désolidarisé du film à cause de cela. Il était une fois en Amérique a été un désastre aux Etats-Unis (à peine vu, et dans une version horriblement remontée), donc l’influence qu’il a pu avoir sur des films comme Miller’s Crossing et L’Impasse demeure extrêmement hypothétique – même si ces films partagent des points communs.

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