Olivier Père

Un condamné à mort s’est échappé de Robert Bresson

ARTE diffuse Un condamné à mort s’est échappé lundi 25 juillet à 20h50.

Ce film, réalisé en 1956, obtint dès sa sortie un immense succès à la fois public et critique, consacrant Robert Bresson comme l’un des plus grands auteurs français. Cinq ans après Journal d’un curé de campagne, Un condamné à mort s’est échappé achève d’imposer le style de Bresson, et lui vaut une reconnaissance internationale – le film reçoit le prix de la mise en scène au Festival de Cannes. Avec une remarquable économie de moyens, et une rigueur exemplaire, Bresson atteint une extraordinaire intensité dramatique et transforme un minutieux récit d’évasion, inspiré d’une histoire vraie, en une exaltation de la volonté humaine individuelle.

Robert Bresson, malgré son souci d’authenticité et de vérité, s’éloigne aussi bien du néo-réalisme que du documentaire. Il décide de tourner dans les lieux même de l’action (la prison du fort de Montluc), utilise des accessoires ayant servi à l’évasion, s’adjoint les services du protagoniste réel, André Devigny, comme conseiller technique, et réunit pour la première fois une distribution exclusivement composée de non-professionnels. Bresson informe le spectateur, par la présence d’une phrase manuscrite précédant le générique, que cette histoire est véritable est qu’il la donne comme elle est, sans ornements. Pourtant, comme le souligne Jacques Lourcelles dans son Dictionnaire des films, il est permis de ne pas prendre une telle assertion à la lettre. La mise en scène de Bresson, par son antinaturalisme radical, atteint à une forme d’ascèse inédite, qui conduit à un lyrisme aussi intense que paradoxal. Bresson, par un montage elliptique, la fragmentation des corps et de l’espace, une direction d’acteurs atonale, une utilisation du Kyrie de la Grande Messe de Mozart invente ses propres ornements, crée un nouvel art de la mise en scène qu’il appelle désormais « cinématographe », par opposition au « cinéma » qui présuppose une contamination, voire une domination du théâtre, l’ennemi intime du cinéaste. Ainsi, Un condamné à mort s’est échappé peut revendiquer à double titre l’appellation de film de résistance. Son héros transforme en actes une idée orgueilleuse – une prison est faite pour s’évader – tandis que Robert Bresson place son film sous le signe du refus : refus d’un cinéma conventionnel, refus d’appliquer d’autres règles que les siennes. Dans les deux cas, l’insoumission conduit à la liberté. « Le vent souffle où il veut », parole de Jésus à Nicodème (Jean, 3.8) est le sous-titre du film.

On connait l’importance des mains dans l’œuvre de Bresson, parties du corps chargées d’une valeur et d’un sens refusés à d’autres. Dans sa plus stricte acception, le fétichisme cinématographique propose au spectateur des objets – et des images – de substitution. C’est le cas exemplaire du cinéma de Robert Bresson qui fragmente les corps dans un souci d’expressivité passive, refusant la théâtralité du visage ou de la voix, accordant aux mains seules le soin de désigner les affects de ses modèles. Trois ans avant Pickpocket, Bresson filme dans Un condamné à mort s’est échappé des mains qui contiennent l’énergie du refus et de la résistance. Il s’agit pour Fontaine de ne pas accepter un sort qui semble inévitable – mourir sous les balles de ses geôliers allemands, comme d’autres prisonniers avant lui – le film est scandé par les sinistres bruits, hors champs, des pelotons d’exécution. Ses mains vont littéralement incarner cette idée du dégoût du renoncement, et du plaisir de la désobéissance, par une succession minutieuse de tâches – transformer une cuillère en ciseau à bois, démonter les planches de sa porte de cellule, fabriquer une corde avec sa paillasse et un fil de fer… qui visent toutes un seul objectif : la liberté.

Un condamné à mort s’est échappé est sans doute le film le plus optimiste de Bresson. Cette célébration universelle du courage, guidé par la foi divine, n’oublie pas d’inclure à cette trajectoire individuelle le thème de la rencontre et de la solidarité humaines. Sans Jost, l’adolescent déserteur qu’on lui impose dans sa cellule, Fontaine n’aurait sans doute pas mené à bien son plan d’évasion solitaire.

L’idée de transcendance est loin d’être étrangère au cinéma de Bresson. La matérialité des choses et des êtres, telle qu’elle est minutieusement et longuement filmée par Bresson, est le passage qui permet d’accéder à la spiritualité. Bresson fait un détour et emprunte un « drôle de chemin » par l’enregistrement du réel pour accéder à la grâce.

 

Un condamné à mort s’est échappé est disponible en DVD et Blu-ray, édité par Gaumont.

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24 commentaires

  1. Jean-Pascal Stancu dit :

    C’est un super film.

  2. Drewnowski dit :

    Bonjour,
    Si j’ai bien compris, ce film a été remplacé par « La minute vieille belge »…
    Merci de m’indiquer quand ce film sera reprogrammé …
    Merci d’avance,
    Cordialement,

    • Olivier Père dit :

      Bonjour, non le film a bien été diffusé hier soir; « la minute vieille » c’est un programme court en début de soirée. je ne suis pas sur qu’une rediffusion du film soit prévue je vais me renseigner. Bien à vous

  3. DERRIEN Jean Michel dit :

    Je n’ai pas pu voir le film  » un condamné à mort s’est échappé » pourriez vous le repasser s’il vous plaît , merci .

  4. de castilho dit :

    Ce film est un chef d’oeuvre de suspens j’ai été scotchée et j’aimerais le revoir de toute urgence ! merci !

  5. Ballantrae dit :

    Un immense film et l’un des cinéastes les plus importants du cinéma français.
    La méthode Bresson, celle qu’on identifie par yn découpage aussi rigoureux qu’ascetique, par le recours à ce qu’il appelle des « modèles  » trouve son principe déjà parfait dans Un condamné à mort s’est échappé même si Journal d’un curé de campagne en a posé les bases.
    C’est sûrement avec Pickpocket le film idéal pour découvrir Bresson, cinéaste effectivement antinaturaliste qui parvient à ne jamais rendre redondant le dialogue son/ image, qui fractionne le corps de manière à en dire la beauté mystérieuse, qui crée un rapport au temps qui abolit la notion de durée.
    On reparlera certainement de Au hasard Balthazar quand sortira Hi han de Skolimowski qui semble lui rendre hommage.
    Bresson était incontournable pour tout cinéphile jusqu’à il y a peu mais je crains que son travail passe désormais sous les radars.
    Bravo donc cher Olivier de mettre l’accent sur ce chef d’oeuvre.

  6. Damien dit :

    « film de résistance. Son héros transforme en actes une idée orgueilleuse – une prison est faite pour s’évader….l’insoumission conduit à la liberté… dégoût du renoncement, et du plaisir de la désobéissance… un seul objectif : la liberté.
    Cette célébration universelle du courage…
    Olivier, votre texte est très beau. Il reste le passage de la théorie à la pratique.
    On espère voir un film produit par Arte sur les mêmes thèmes… l’insoumission, la désobéissance… un film se déroulant de nos jours en France questionnant la disparition progressive des libertés, la multiplication des obligations, les violentes répressions…
    Pas sûr qu’il obtienne le CNC et les diverses subventions étatiques…
    Sinon, un très grand film sur la désobéissance est le film de Terrence Malick A HIDDEN LIFE (une vie cachée) que Arte devrait faire connaître au grand public. Qu’en pensez vous Olivier ?

    • Olivier Père dit :

      Existe-t-il encore un cinéma de résistance? La question mérite d’être posée. Bresson réalise Un condamné à mort s’est échappé avec des moyens importants, et son film remporte à l’époque un immense succès critique et public. Dans le paysage du cinéma français et mondial, il fait déjà figure d’exception, et de distingue de toute la production cinématographique de son temps. La violence sociale continue d’être dénoncée à juste titre par ken Loach, les frères Dardenne, Stéphane Brizé, dans des films qui ne passent pas inaperçus. Aujourd’hui, il existe des cinéastes qui se revendiquent de Bresson, mais leur audience est plus confidentielle. Il faut espérer qu’une nouvelle génération se souvienne de son exigence; je pense par exemple à l’algérien Karim Moussaoui, dont on attend le prochain long métrage.
      Le film de Malick, présenté en compétition officielle à Cannes, a été salué dans le monde entier au moment de sa sortie. Il n’est pas impossible qu’il soit diffusé sur Arte, comme d’autres films de ce cinéaste l’ont été.

  7. derouet dit :

    Un condamné à mort s’est échappé sous-titré ou Le vent souffle où il veut , sous-titre tiré de l’entretien entre Jésus et Nicodème, vient d’un passage de l’Évangile selon Jean.

    Ce n’est pas que le récit minutieux d’une évasion de nuit dans une prison mais également un itinéraire spirituel pour atteindre la liberté et le tout renforcé par des extraits sonores de la Messe de Mozart.
    Si Robert Bresson comme Carl Theodor Dreyer démontrent un goût pour la quête métaphysique,comment dans ce cas ne pas rapprocher Bresson déja réalisateur d’un Journal d’un curé de campagne , de Carl Théodor Dreyer; d’ailleur Bresson réalisera un Procès de Jeanne d arc en 1962 comme Dreyer une Passion de Jeanne d’arc.

    Pulvérisant les lois du découpage temporel fragmentant l’espace de la cellule, Bresson élabore comme l’écrit Andre Bazin une conscience purement spirituelle ou morale de l’évènement.
    le film utilisant très peu de dialogue tout se concentre comme vous le notez par l’utilisation des plans rapprochés sur les mains mais aussi sur le visage de l’acteur.
    Le visage a longtemps été considéré comme le miroir de l’âme et comme le meilleur moyen de montrer ce qui relève par excellence de l’invisible, illustré d’une maniere admirable par l’utilisation des gros plans sur le visage de Falconetti chez Dreyer.
    Comme Dreyer, Bresson, écrit André Bazin, s’est naturellement attaché aux qualités les plus charnelles du visage qui n’est que l’empreinte de l’être, la trace la plus visible de son âme.

    Le film fut unanimement loué par la critique de Francois Truffaut à Lucien Rebatet.

    Influence notable sur le film Le Trou de Jacques Becker film plus matérialiste et moins spiritualiste que le film de Bresson et utilisant des acteurs connus et reconnus.

    Un condamné à mort s’est échappé est une œuvre-référence qui se montre tout à la fois classique et expérimentale.

    A lire Notes sur le cinématographe par R Bresson .

  8. MB dit :

    Attention au bluray du film qui est défectueux en série. J’ai dû jeter le mien.! Dvd ok!
    voyez là:
    https://www.dvdclassik.com/forum/viewtopic.php?p=2452771#p2452771

  9. MB dit :

    « Si ma mère me voyait! »

  10. MB dit :

    Attention les acteurs du TROU étaient inconnus à l’époque (1er vrai rôle de Constantin, Keraudy jouait son seul rôle à l’écran, Marc Michel était auparavant figurant (2 films).
    Je vois mal où est l’influence du Bresson sur le Becker, d’ailleurs il me semble que le 1er est tout aussi matérialiste ou organique dans son ensemble, mais Becker se fixe plus sur la société de la prison, Bresson se concentre sur UN prisonnier. Seul la musique du dernier plan peut rappeler le spirituel.
    La phrase »si ma mère me voyait » est très importante: la banalité de cette réplique peut faire sourire ou émouvoir mais l’idée de rappeler la mère dont je ne répète pas ici le symbole qu’elle représente au risque d’endormir est tout aussi organique et même biologique et convainc que c’est leur mère qui pousse ces deux hommes à s’évader, et rien d’autre! L’évasion donne la vie, comme la mère.
    Comme dans PICKPOCKET, Bresson raconte un parcours tortueux pour arriver à l’essentiel, mais là c’est le spectateur qui doit accomplir ce parcours, dans l’autre film, c’est les deux, personnage et spectateur!
    Du coup, le spirituel se signalerait à la toute fin du Bresson mais je ne suis pas assez spiritualiste pour en être sûr!
    Je suis d’accord sur l’importance des mains et des gestes, quant aux visages et leur côté « miroir de l’âme » cela m’échappe totalement, par contre ce côté « miroir de l’âme » des mains et gestes me paraît lui évident, et aveuglant de suggestion!
    Encore une fois, il s’agit de s’évader d’une prison, pas de louer Dieu!
    Le rapprochement avec Dreyer me paraît un peu déconsidérant pour Bresson.

    • Olivier Père dit :

      Il est probable que Becker ait voulu se mesurer à Bresson avec Le Trou mais je pense aussi que c’est un cinéaste très différent de l’auteur d’Un condamné à mort s’est échappé. L’influence majeure de Becker reste Renoir, y compris pour ce dernier film.

  11. derouet dit :

    Merci pour vos commentaires.

    Pour repréciser certains éléments.
    C’est à partir de Montparnasse 19 de 1958 avec Gérard Phillipe que la critique commence à voir l’amorce d’une évolution du cinéma de Becker vers le cinéma de Bresson.
    Becker avait toujours dit son admiration pour Bresson « le metteur en scène qui a le plus de goût «  et en 1945 il avait même écrit un article pour défendre les Dames du bois de Boulogne de Bresson qui avait été très critiqué à sa sortie . C’est le dernier film de Becker Le Trou qui confirmait bien l’évolution stylistique révélée par Monparnasse 19 .
    Pour moi d’un coté Becker c’est une mise en scène épurée à l’extrême et une fascination de l’échec qui le rapproche plus de Jules Dassin et de Huston donc du film noir.
    Et chez Bresson la mise en scène de l’évasion est disséquée de façon abstraite ,où chaque geste prend une importance considérable ou les motivations du héros s’effacent devant un simple détail .
    A partir du Journal d’un curé de campagne 1950 tout l’art de Bresson consistera, dès lors ,à incarner la vérité ontologique de ses personnages et à dépouiller leur aventure intérieure de toute espèce de référence naturaliste.
    Si Becker a toujours eu recours à des acteurs professionnels Bresson par le choix de François Leterrier devient le premier « modèle » bressonien, c’est-à-dire un non-comédien, à tenir le rôle-phare dans un de ses films.

    Concernant le visage miroir de l’âme je vous joins deux liens :

    Le cinéma comme art du métaphysique et du sublime sur Dreyer :
    https://www.debordements.fr/Le-cinema-comme-art-du-meta-physique-du-sublime

    L’âme au cinéma :
    https://www.revue-christus.com/article/l-ame-au-cinema-5381

    Et un de Robert Bresson à propos des acteurs:
    https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/i00015542/robert-bresson-a-propos-des-acteurs

    Pour ma part les réalisateurs qui ont le mieux retranscrits cette idée de l’âme au cinéma c’est bien Dreyer surtout dans la Passion Jeanne d’Arc et Gertrud et aussi toute l’oeuvre de Tarkovski surtout dans Andrei Roublev et le Le Miroir.

    Merci pour l’information du défaut concernant la version Blu-ray .
    Moi aussi je n’ai que la version DVD du film.

  12. Gayo dit :

    Il me semble que « Si ma mère me voyait » n’est pas une réplique banale, c’est une allusion au passage l’évangile de Jean que recopie le pasteur à Fontaine: « il faut que vous naissiez de nouveau ». Le sous-titre du film est également tiré de ce chapitre de la bible où Jésus explique à Nicodème que celui  » qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit » (Jn, 3,6).
    Les deux évadés naissent-ils de la chair (leur mère), ou de l’Esprit (Dieu)? La réussite du film de Bresson est de laisser le spectateur libre de son interprétation: « Le vent souffle où il veut » (Jn, 3,3)!

  13. MB dit :

    Avec certains commentaires sur ce film, nous voilà submergés par une avalanche de références littéraires ou spirituelles, de passerelles jetées vers d’autres cinéastes, de révélations sur les influences d’un tel sur tel ou tel autre, avant même de vouloir appréhender tout ce qu’on peut de détails touchant directement au coeur du film. Forcément les références extérieures ne sont pas totalement futiles (comme le sont les boniments des versos de dvd pour tel film qui aurait bien sûr « influencé Tarantino »). Mais l’approche d’un film serait plus fertile à mon humble avis, de s’attaquer en premier, à ce qui concrètement constitue tel élément du film pour l’impression qu’il produit en premier lors de la vision du spectateur elle-même, AVANT les références ou influences qui seraient des sortes d’annexes éventuellement pertinentes mais qui s’éloignent du coeur de l’oeuvre.
    « Si ma mère me voyait » est bien sûr pas banal, mais la réplique vient, elle, d’un langage populaire courant, donc au départ banale et amusante, qui se retrouve immergée dans un contexte grave, avec un comique de contraste (comique qui devrait être relevé comme exceptionnel chez Bresson, je crois, j’ai pas vu tous les films) sans pour autant ne pas y gagner en deuxième lieu un commentaire sur l’origine éventuelle littéraire ou spirituelle. L’insistance sur la spiritualité de Bresson me paraît secondaire car malgré des signes extérieurs (musique sacrée, citations bibliques) il me semble qu’une espèce d’évangélisation ou du moins le désir qu’il aurait d’exprimer sa spiritualité arrive à un tel point qu’il a le souci de la dépasser avec de préférence la fameuse idée du chemin tortueux que chacun doit emprunter pour arriver enfin à soi-même (damn! et voilà que qqn va trouver une source spirituelle extérieure au film pour cette idée du « chemin tortueux », de quoi vous distraire de revoir LE CONDAMNE A MORT!
    Néammoins, malgré ce souci excessif de la référence, ces commentaires ne sont pas sans intérêt, mais ils s’écartent du film, de nos impressions immédiates à l’écran.
    Bonne journée

  14. derouet dit :

    A MB, pour faire suite à vos dernières remarques.

    Je pense que le contexte d’une oeuvre,sa place dans la filmographie de son auteur de son retentissement à l’époque de sa conception …doivent être évoqués ,surtout pour un spectateur moderne sur un film ancien,d’où l’intérêt je pense de ce blog qui permet pour chacun des films cités de bénéficier des analyses contextuelle de M Olivier Père.

    Car comment appréhender une œuvre comme par exemple Alexandre Nevski d’Eisenstein sans son contexte géo-politique,sa réception,ses références picturales,la bande sonore de Prokofiev…et c’est ensuite le spectateur devant l’émotion suscitée par le film que l’appréciation se fera ou pas d’ailleurs.

    Mais pour revenir sur « nos impressions immédiates à l’écran » d’Un Condamné à mort s’est échappé. Et ce « qui concrètement constitue tel élément du film pour l’impression qu’il produit en premier lors de la vision du spectateur ». 
    Bref pour en apprécier que les qualités intrinsèques.

    Tentatives de réponses :

    C’est par les procédés de la mise en scène que Bresson je pense renforcent l’adhésion et l’empathie sur le sort du condamné:
    En dehors des effets des gros plans sur les mains et le visage déjà évoqués précédement.

    Recours constant de l‘usage de la voix off,cette voix intérieure du personnage qui commente l’action à la première personne et qui maintient les faits à distance, faisant du spectateur davantage un témoin qu’un confident.
    A l’exemple du choix du décor de la prison qui est aussi utilisé comme un écho aux effets sonores , jamais réaliste car dans un enregistrement brute plusieurs sons seraient restitués,alors que dans le film il y a un travail important du bruiteur pour sélectionner des sons qui stimulerons l’imaginaire du spectateur afin que celui ci visualise mentalement les faits traités hors champs.

    Utilisation de rimes sonores :
    Les pas dans les couloirs, le bruit répétitif des clefs dans l’escalier et dans les serrures… Le sifflet des gardiens, Les balles du peloton d’exécution,peloton d’ailleurs que l’on ne voit jamais à l’écran à l’instar des scènes de tortures, car les sons suffisent amplement.
    En effet, la solitude et l’enfermement s’imposent par des sons qui prennent une résonance unique et par des silences qui renforcent la puissance du drame intérieur vécu par le prisonnier.

    De rimes visuelles:
    La sortie quotidienne dans la cour de la prison ,les cades identiques du comndanné à la fenetre de sa cellule …

    Dans tout le film, il s’agit pour le réalisateur de trouver la présence de l’esprit de résistance dans ce monde matériel.
    Chaque action de l’acteur principal est en lien avec son choix de résistance c’est à dire son évasion : Creuser minutieusement le bois de la porte de la cellule,faire tenir les planches,ramasser les copeaux ,tresser des cordes et tordre des morceaux de métal pour en faire des crochets.

    La résistance pour le condamné , c’est d’abord des actes.
    C’est agir, c’est retrouver sa dignité d’homme , en refusant la fatalité tout autant que le sentiment d’impuissance présent chez les autres prisonniers comme en témoignent les différentes prises de position des autres détenus .

    La grandeur du cinéma de Bresson :
    C’est filmer non la chose mais plus l’effet qu’elle produit.

    En tout cas merci pour ces échanges.

  15. MB dit :

    c’est tout à fait exact, l’effet et non la cause voir dans L ARGENT les mains qui se brûlent sur le café chaud dans le bol suite à la gifle que la personne qui tient le bol a reçu et que l’on ne voit pas

    d’accord aussi sur le faux réalisme des bruits, soigneusement sélectionnés
    et pour le reste

    Il me semble qu’on allait un peu loin avec les références du film qui nous éloignaient du film, vous faites bien de rééquilibrer un peu!
    bonne soirée

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