Olivier Père

Les Chiens enragés de Mario Bava

L’éditeur indépendant Sidonis Calysta qui a contribué à l’exhumation en blu-ray de l’oeuvre de Mario Bava (voir les sorties récentes du Masque du démon et de La Fille qui en savait trop) propose en juin un titre à part de ce réalisateur et du cinéma bis italien, un film mythique longtemps invisible et sauvé in extremis des limbes de l’oubli : Cani arrabiati, également connu sous le titre Semaforo rosso, et dont le titre français est désormais Les Chiens enragés.

En 1974, le matériel du film fut saisi par les tribunaux après que le producteur Roberto Loyola a fait faillite. Bava fut incapable de terminer son film, bloqué pour des raisons légales. Le film fut enfin montré en 1996, lors de quelques projections exceptionnelles, à l’initiative de son actrice principale Lea Lander qui en avait acquis les droits. Soit 22 ans après le premier tour de manivelle et 16 après la mort de Bava. Il faudra attendre 1998 pour que le film soit édité en VHS, puis en DVD sous le titre Semaforo rosso, en Italie et dans d’autres pays comme les États-Unis ou l’Angleterre. Au début des années 2000, le producteur Alfred Leone exploite une nouvelle version du film, rebaptisé Kidnapped, à l’attention du marché américain, avec la complicité du fils de Bava, Lamberto, qui tourne quelques séquence additionnelles. La musique de Stelvio Cipriani est modifiée et le résultat est affreux.

Sidonis Calysta permet une nouvelle vie au film, disponible pour la première fois en France en Blu-ray, dans une version restaurée qui respecte la vision et les intentions de son auteur.

Il est bon de revenir sur Mario Bava, cinéaste de genre longtemps méconnu ou méprisé, aujourd’hui considéré à juste titre comme un des plus grands cinéastes italiens modernes. Les Chiens enragés transpose avec beaucoup d’excès le cinéma pulsionnel de Bava dans l’univers du polar. Le résultat est éprouvant pour les nerfs. Les Chiens enragés est l’œuvre-monstre de Bava, son incursion inattendue dans le thriller réaliste alors que le cinéaste avait tout au long de sa carrière exploré les territoires du rêve, de l’imaginaire et du fantastique. Malgré son ultra-violence malsaine, le film se situe à contre-courant de la mode du polar sécuritaire et réactionnaire qui traversait l’Italie au bord de la guerre civile dans les années 70. Bava, au sommet de ses obsessions morbides, enferme des gangsters bestiaux et trois otages (dont un enfant malade) dans un huis-clos automobile traumatisant. D’une manière étrange et prophétique, le film annonce à la fois La Dernière Maison sur la gauche de Wes Craven et Reservoir Dogs de Quentin Tarantino, grand admirateur de Bava. Réalisé deux ans après Lisa et le diable, son chef-d’œuvre testamentaire, Les Chiens enragés demeure le film malade et maudit d’un cinéaste génial, victime toute sa carrière du système mécréant de la série B italienne, sans lequel pourtant son cinéma eût été impensable.

 

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