Olivier Père

Le Trône de feu de Jess Franco

Grand reproducteur de ses propres histoires, déclinées dans d’innombrables métrages, Jess Franco s’est aussi attaqué à l’Histoire par le biais de deux fictions historiques filmées à trois ans d’intervalle, et qui témoignent de l’évolution rapide du style et des préoccupations du cinéaste entre la fin des années 60 et le début des années 70. Sur un sujet et des personnages similaires, soit l’Inquisition anglaise et les méfaits du juge Jeffreys, traités de manière pour le moins fantaisiste, Franco signe deux films très différents : Le Trône de feu (1970) et Les Démons (1973). Le premier est sans doute un des films les plus « classiques » du cinéaste, qui bénéficie d’un budget confortable. Le Trône de feu est produit par Harry Alan Towers, aventurier du cinéma européen qui œuvra dans le domaine de la série B de luxe. Entre 1968 et 1970, Towers produit, et souvent écrit – sous le pseudonyme de Peter Welbeck – pas moins d’une dizaine de films réalisés par Jess Franco. C’est une période faste dans la longue et tumultueuse carrière du cinéaste espagnol. Ses films, tournés en anglais, sont mieux distribués qu’ils ne le seront par la suite. Des moyens relativement confortables lui permettent de mettre en scène une bataille avec de nombreux figurants, et de diriger plusieurs vedettes européennes : Christopher Lee, Maria Schell en aveugle, Leo Genn (dans un rôle initialement prévu pour Dennis Price), plus les starlettes de l’écurie Harry Alan Towers (Maria Rohm, qui était l’épouse du producteur, Margaret Lee) et le complice de la première heure, Howard Vernon, qui fait des apparitions brèves mais inoubliables dans l’habit noir d’un bourreau sadique. A l’orée des années 70, Le Trône de feu paraîtrait presque anachronique si Franco n’y proposait des séquences érotiques plutôt audacieuses en termes de nudité. La belle Maria Rohm ne cache pas grand-chose de son anatomie. La décennie allait être marquée par l’invasion du cinéma « softcore » puis « hardcore » dans les salles de quartier, avec des scénarios prétextes à des scènes de sexe de plus en plus explicites. Jess Franco exprime son amour du cinéma d’aventures historique et mélodramatique dans Le Trône de feu. Il évite l’académisme par de fréquentes ruptures de ton, notamment des envolées lyriques portées par la musique de Bruno Nicolai, comme une autre réussite de la même période, Justine (également connu sous le titre Sade, les infortunes de la vertu).

 

Le Trône de feu est disponible pour la première fois en France en combo DVD et blu-ray dans la collection « Jess Franco » proposée par l’éditeur Artus. Cette collection s’enrichit de deux autres nouveaux titres hautement recommandables, toujours produits par Harry Alan Towers, 99 femmes et Justine.

 

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