Olivier Père

Drôle de drame et Les Assassins de l’ordre de Marcel Carné

Pour rendre hommage à Marcel Carné, ARTE.tv propose deux films que tout oppose, et qui témoignent de la diversité de l’œuvre du cinéaste français, de la comédie au drame, de la fantaisie à l’engagement. Drôle de drame et Les Assassins de l’ordre apportent la preuve que Carné se battit toute sa vie pour réaliser des films audacieux et anticonformistes.

 Lors de sa sortie en 1937, Drôle de drame déconcerta le public. Il est vrai que Drôle de drame mélange le burlesque, l’absurde, l’humour noir et la satire avec une verve inhabituelle. Rien n’est conventionnel dans cette adaptation par Jacques Prévert d’un roman policier anglais. Il y est question de dédoublement, de travestissement, de mystification et de folie criminelle. Les personnages sont en proie à un véritable délire. Les situations les plus farfelues se succèdent à un rythme effréné. Marcel Carné et Prévert brocardent l’hypocrisie, la vénalité et la tartuferie des bigots et des bourgeois, dans une veine libertaire et poétique qui fera des émules. Ce n’est que dix ans après sa réalisation que le deuxième long métrage de Carné accédera au statut de classique du cinéma français, grâce à son interprétation éblouissante (Michel Simon, Louis Jouvet, Françoise Rosay, Jean-Louis Barrault…) et des dialogues pleins d’esprit.

 Les Assassins de l’ordre est encore aujourd’hui un film trop sous-estimé, qui compte pourtant des admirateurs. Paul Vecchiali, dans son livre sur le cinéma français, le classe à juste titre parmi les grandes réussites de Marcel Carné. Les Assassins de l’ordre vient rappeler que la carrière de Carné, plutôt erratique dans les années 50 et 60, conserve son intérêt après la fin de sa collaboration avec Jacques Prévert. En 1971, le cinéaste s’attaque à un sujet sensible, les violences policières dans la France post mai 68. Il n’y a plus aucune trace de réalisme poétique ou de fantastique social dans ce film-dossier qui s’inscrit dans une tendance dénonciatrice illustrée par André Cayatte. Mais on y retrouve le courage et les convictions de Carné, qui adapte ici un roman de Jean Laborde, ancien chroniqueur judiciaire. Jacques Brel y interprète un juge d’instruction chargé d’enquêter sur la mort d’un suspect dans un commissariat. Il se retrouve bientôt pris en tenaille entre les pressions politiques et les provocations d’agitateurs. Ce film d’une autre époque, sobre et sans illusions, se révèle contre toute attente d’une troublante actualité.

 

Drôle de drame et Les Assassins de l’ordre seront disponibles gratuitement en exclusivité sur ARTE.tv, du 1er juillet au 31 décembre 2021.

Catégories : Sur ARTE

Un commentaire

  1. Daniele Amato dit :

    Excellente illustration d’un problème non résolu 50 ans plus tard. Le personnage du juge joué par Jacques Brel , même s’il croit avoir fait avancer au moins d’un pas la démocratie en tentant (vainement) de faire condamner les policiers qui ont tué un innocent dans un commissariat en voulant lui faire avouer un délit, serait bien déçu de constater que le pas était un pas en arrière. Et le conflit entre police et justice est plus rude qu’il n’a jamais été. Il faut voir cet excellent film.

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