Olivier Père

L’Enfant sauvage de François Truffaut

Dans le cadre de son cycle consacré à François Truffaut, ARTE diffuse L’Enfant sauvage (1969) lundi 19 octobre à 22h40. Selon une politique de l’alternance chère à Truffaut, L’Enfant sauvage succède immédiatement dans sa filmographie à La Sirène du Mississipi, soit son exact contraire. La Sirène du Mississipi est une production onéreuse, interprétée par deux vedettes, en couleur et apparentée à un genre cinématographique, voire plusieurs : la série noire, le polar, le mélodrame… L’Enfant sauvage aborde un sujet historique, inspiré d’une histoire vraie, traité avec une grande économie de moyens, en noir et blanc et sans noms connus à son générique, mis à part celui de Truffaut lui-même, devant et derrière la caméra pour la première fois. Contre toute attente, La Sirène du Mississipi se révélera un échec commercial et critique cuisant, tandis que L’Enfant sauvage connaîtra un large succès international au moment de sa sortie, et s’impose encore aujourd’hui comme l’un des plus beaux films de son auteur. On peut considérer L’Enfant sauvage comme un retour aux sources. Le film s’intéresse, au même titre que Les Quatre Cents Coups, à un jeune garçon abandonné par ses géniteurs, en proie à l’hostilité et à l’ignorance du monde des adultes. Truffaut radicalise son propos. Contrairement à Antoine Doinel, Victor n’est pas un simple délinquant juvénile, en révolte contre l’école et l’autorité parentale, mais un enfant rendu à l’état sauvage, auquel est refusé au début du film l’appartenance à l’espèce humaine. Ce bond en arrière – l’action de déroule au début du XIXème siècle – correspond à l’approfondissement d’un thème important dans l’œuvre de Truffaut, et au cœur de son travail de cinéaste, la transmission. Truffaut s’attribue le rôle du docteur Itard, qui va enseigner à Victor les gestes de la vie quotidienne et le langage, afin de l’intégrer à la société des hommes. Le film met en scène plusieurs mouvements contradictoires entre la nature et la civilisation. Victor éprouve de la nostalgie pour la vie sauvage, jusqu’à fuguer et rejoindre la forêt. Mais son apprentissage auprès d’Itard lui permet aussi, au-delà des connaissances acquises, de prendre conscience des sentiments de liberté, de justice et d’amour qui définissent un être humain dans une communauté. Que Truffaut s’attribue le rôle d’Itard n’a rien d’innocent. Cette décision souligne le parallélisme entre le travail du scientifique et celui du cinéaste, qui dirige au plus près du corps et des émotions un jeune acteur non professionnel. Elle rappelle aussi combien fut essentielle, et salvatrice, dans la biographie de Truffaut la place de la culture et de l’éducation, fruits d’une démarche autodidacte.

 

 

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