Olivier Père

Vers un destin insolite, sur les flots bleus de l’été de Lina Wertmüller

Lina Wertmüller, figure singulière du cinéma italien des années 70. Elle est tout d’abord, aux côtés de Liliana Cavani, l’une des seules réalisatrices de sa génération. Elle a signé plusieurs comédies mélodramatiques à succès marqués par sa forte personnalité. Wertmüller se distingue par son goût de la satire politique et de la comédie de mœurs. Son style est marqué par un goût de l’outrance et de l’exubérance qui s’exprime dès les titres de ses films. Avec Mimi métallo blessé dans son honneur et Pasqualino, Vers un destin insolite, sur les flots bleus de l’été (Travolti da un insolito destino nell’azzurro mare d’agosto, 1974) est l’une de ses plus grandes réussites.

Le film, comédie bouffonne et sarcastique, marie la lutte des classes et la lutte des sexes, au cœur d’une décennie où les débats idéologiques font rage en Italie. Le pays, qui a connu après-guerre un spectaculaire boom économique, est divisé entre un nouveau patronat réactionnaire et libéral et la puissance électorale du prolétariat, majoritairement contrôlé par le PCI. C’est dans ce contexte ultra-politisé qu’une bourgeoise arrogante et un matelot communiste se retrouvent coincés sur une île déserte au large de la Sardaigne. Le mépris et la haine qui les opposent se transforment bientôt en passion charnelle dévorante. Wertmüller filme le bouillonnement sentimental du couple dans un décor paradisiaque, brève échappée loin des cadres rigides de la société. La conclusion du film n’en sera que plus pessimiste. Ses deux acteurs fétiche, Mariangela Melato et Giancarlo Giannini, s’en donnent à cœur joie.

Vers un destin insolite sur les flots bleus de l’été est disponible gratuitement sur ARTE.tv, du 1er août 2020 au 31 janvier 2021. Le film est également édité en blu-ray par Carlotta.

 

 

 

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2 commentaires

  1. Bertrand Marchal dit :

    j’ai vu ce film récemment.

    j’ai été fort perplexe. A la fois original dans la forme et le jeu des acteur, à la fois très artificiel et surtout très réac.

    je ne comprends pas qu’une militante de gauche, une femme de gauche, puisse imaginer ainsi les rapports de couple: la bourgeoise punie de son mépris par la verge d’un homme qui véritablement la réduit à l’état d’esclave sexuelle rapidement consentante; car c’est ça le pire: la femme du film est veule et accepte la domination comme une réparation légitime.

    Quel sort Wertmüller fait à la condition féminine! Elle fait passer à la trappe tout un combat plus essentiel que celui de la lutte des classes au profit de la vengeance des ouvriers. C’est très étonnant et assez dégueulasse en fait en ce que ça nourrit une validation de la violence sexiste.

  2. Bertrand Marchal dit :

    Je reviens sur ce film. j’ai un peu médité la question et à la limite on pourrait y voir aussi un portrait misanthrope des sociétés humaines corrompues par d’inévitables rapports de pouvoir, incapables de s’entendre sur un pied d’égalité.
    Mais au fond, en isolant ces deux personnages, elle en fait des Adam et Eve, des emblèmes de la masculinité et de la féminité. or, le constat qu’elle impose est celui non seulement de l’échec du dialogue verbalisé, mais surtout de l’éclosion de l’harmonie lorsque la femme civilisée et intelligente cède à l’autorité de l’homme brutal et imbécile.

    où veut-elle en venir? A force d’ironie, le message se perd.

    J’avais vu un autre film d’elle qui m’avait aussi paru court et caricatural et même pauvre sur le plan cinématographique: « Ciao Professore ».

    Jusqu’ici, pas du tout convaincu par cette cinéaste.

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