Olivier Père

La Chute de la maison Usher de Jean Epstein

Sur Henri, la quatrième salle virtuelle et gratuite de la Cinémathèque française, on peut accéder actuellement à une collection de films courts et longs qui s’enrichit tous les jours. Parmi ces trésors et raretés offerts par la Cinémathèque, des documentaires sur Henri Langlois, des œuvres de Otar Iosseliani, Raoul Ruiz, Jean-Claude Biette et Jacques Rozier… mais aussi cinq films majeurs de Jean Epstein : La Glace à trois faces, Le Lion de mogols, Le Tempestaire, Mor’vran et La Chute de la maison Usher, réalisé en 1928.

Epstein adapte fidèlement la nouvelle d’Edgar Allan Poe. Un homme part au secours de son ami Roderick Usher, alerté par une lettre alarmiste de ce dernier. Usher vit dans un château à l’atmosphère étrange. Lady Madeleine, sa femme, meurt dans de mystérieuses circonstances. Son mari refuse de croire à cette mort et interdit de clouer le cercueil. Il est persuadé que sa bien-aimée va revenir. Elle réapparait en effet une nuit, tandis que son mari attend son retour.

Poème visuel sur le thème de la catalepsie qui obsédait Poe, mais plus profondément sur le rapport morbide à l’objet de son amour d’un esthète décadent qui admire sa femme comme une œuvre d’art, La Chute de la maison Usher est l’un des grands films de la période expérimentale de la carrière de Jean Epstein, véritable manifeste de l’avant-garde cinématographique française. Epstein se livre à un travail raffiné sur le montage, le cadrage et le défilement des images, avec quelques notables ralentis et surimpressions. Epstein, cinéaste mais aussi théoricien et philosophe fut l’un des pionniers en France – avec Gance et L’Herbier – d’un cinéma de plasticien reposant sur l’expressivité des images, l’inventeur d’un langage cinématographique considéré comme un art poétique. L’utilisation des trucages et des maquettes – la destruction finale du château – et des décors – la gigantesque salle où se morfond Usher, mais aussi les atmosphères brumeuses, l’onirisme de l’apparition nocturne de Madeleine revenue d’entre les morts font de La Chute de la maison Usher un titre important et fondateur du cinéma fantastique, bien avant que Corman et d’autres popularisent l’imagerie gothique et les histoires extraordinaires de Poe à l’écran. La restauration rend justice à l’inquiétante beauté des plans composés par Epstein, dont le talent protéiforme s’investira aussi dans des œuvres documentaires et des films de fiction à la narration et à la mise en scène plus classiques.

 

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