Olivier Père

Les Roseaux sauvages de André Téchiné

ARTE diffuse Les Roseaux sauvages (1994) mercredi 24 juin à 20h55. Les Roseaux sauvages est un titre charnière dans l’œuvre d’André Téchiné. Le film lui offre l’occasion de se réinventer et de trouver un second souffle. Au départ, il y a une commande de la chaîne ARTE qui invite Téchiné à participer à une collection, « Tous les garçons et les filles de leur âge ». Cette collection, initiée par Chantal Poupaud et Pierre Chevalier, réunit des téléfilms d’auteurs d’une soixantaine de minutes sur le thème des souvenirs d’adolescence. Le cinéaste accepte à condition de pouvoir également sortir son film en salles, dans une version plus longue. C’est ainsi que Le Chêne et le roseau devient au cinéma Les Roseaux sauvages, salué par la critique et le public après un passage par le Festival de Cannes. Cette proposition coïncide avec l’envie de Téchiné d’explorer une période de sa jeunesse liée à la fois à la découverte de son homosexualité, et aux conséquences de la guerre d’Algérie, avec le retour en métropole de familles pied-noir. La mort rôde – certains appelés ne reviendront jamais – mais aussi le désir, qui circule entre les adolescents, filles et garçons, toutes tendances politiques confondues. Téchiné mêle ainsi l’intime et l’historique, et reste fidèle à son goût du romanesque. Il dessine à la fois le portrait d’un jeune homme dont l’identité sexuelle et intellectuelle se construit, et la séquence d’un pays bousculé dans ses certitudes. Tourné en état de grâce, avec une économie de moyens qui apporte au film une énergie juvénile, Les Roseaux sauvages est une oeuvre sensuelle et lumineuse qui révèle de nouveaux visages (Elodie Bouchez, Gaël Morel, Stéphane Rideau), dans la nature accueillante du Sud-Ouest, chère au cœur de Téchiné. Le cinéaste, amoureux de ses paysages et de ses habitants, la retrouvera régulièrement – voir son dernier film en date, L’Adieu à la nuit, tourné dans les Pyrénées-Orientales.

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Un commentaire

  1. MB dit :

    Je le revois régulièrement, c’est l’un des plus beaux films du cinéma contemporain, tous les acteurs 1ers ou 2nds rôles, sont vraiment magnifiques… Téchiné arrive à une justesse de ton de la part de chacun d’entre eux qu’il est difficile de retrouver ailleurs, en tout cas impossible d’en trouver l’équivalent de façon continue et étale, tout le long d’un film. Il ne s’agit pas de moments de grâce épars, il s’agit de tout un film.
    Je ne sais pas si on trouve ailleurs, du début à la fin, un même ensemble de sensualité, d’amour, d’histoire, de politique, de psychologie, rien n’est futile là tout y est important dans le moindre détail. Devant ce mur de gravité , les chansons des Beach Boys, le « Let’s twist again » de Chubby Checker ou l’entêtante « Runaway » de Del Shannon, qui passent pour des chansonnettes un peu niaises, retrouvent leur vraie nature, chargées de transmettre ce qu’il y a de déchirant dans l’adolescence qui file et se mue très vite trop tôt.

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