Olivier Père

And Soon the Darkness de Robert Fuest

Deux jeunes touristes britanniques, parties en vacances à vélo, sont persécutées par un psychopathe invisible sur une route départementale déserte du nord de la France. Ce résumé succinct permet d’apprécier l’originalité du thriller de Robert Fuest. And Soon the Darkness (1970) se démarque fortement de la plupart des films de genre anglais de la même période, partagés entre épouvante gothique tardive, fantastique pop et incursions dans le psychédélisme. Robert Fuest, ancien chef décorateur, s’illustrera au sein de ces diverses tendances, avec L’Abominable docteur Phibes et sa suite (1971-72), et Les Décimales du futur (1973). Écrit et coproduit par Brian Clemens (créateur de la série « Chapeau melon et bottes de cuir » dont Fuest réalisa plusieurs épisodes), And Soon the Darkness se signale par son dépouillement, loin de la surcharge et des extravagances visuelles qui firent la réputation du cinéaste. Une poignée de personnages masculins et féminins inquiétants, des décors naturels qui deviennent anxiogènes à force de banalité suffisent à Clemens et Fuest pour instaurer un climat d’angoisse et de suspens qui va crescendo jusqu’au climax final. Contrairement à ce que le titre voudrait indiquer, le film se déroule en plein soleil, et l’absence de zones d’ombres dans un paysage d’une grande platitude accentue l’isolement de l’héroïne, dans un milieu hostile ou indifférent dont elle ne maîtrise pas la langue. Les deux étudiantes anglaises en minishorts sur une route de campagne constituent des proies faciles pour un maniaque sexuel. C’est évidemment la plus délurée, excitée par la présence d’un mystérieux bellâtre qui les suit en scooter, qui va disparaître la première, attaquée dans une clairière. Les deux auteurs retardent le moment de l’agression, et ne montrent aucune scène de violence à l’écran. Cette absence de complaisance est à porter au crédit de la mise en scène de Fuest, qui parvient à styliser des moments d’attente et de silence sans jamais que la tension se relâche. La suite du film relate les vains efforts de son amie pour la retrouver, et échapper aux hommes qui pourraient être l’assassin. And Soon the Darkness fonctionne alors comme un « whodunit » basique, avec son lot de fausses pistes et de présumés coupables. On notera que le tueur psychopathe se révèle une figure de l’autorité. Cela contribue à faire de And Soon the Darkness un film de son époque, qui visait principalement une audience jeune et participait à un climat contestataire. And Soon the Darkness offre à Pamela Franklin l’un de ses meilleurs rôles, avant son éclipse des écrans de cinéma et sa retraite prématurée après plusieurs séries et téléfilms. Elle est excellente en jeune femme déterminée et courageuse, loin des stéréotypes des victimes terrorisées. L’actrice brune au physique juvénile avait acquis une certaine notoriété grâce à plusieurs thrillers et films fantastiques tournés dans les années 60-70, des Innocents de Jack Clayton (à l’âge de onze ans) à La Maison des damnés de John Hough. Son dernier film est Soudain les monstres de Bert I. Gordon (1976), où elle était attaquée par des animaux géants.

And Soon the Darkness était demeuré inédit en France. Cette édition blu-ray permet aux cinéphiles français de le découvrir enfin. A noter la présence au générique de Jean Carmet dans le rôle d’un cafetier.

And Soon the Darkness est disponible en combo Blu-ray / DVD dans la collection « Make My Day ! » éditée par Studiocanal, en double programme avec Fright de Peter Collinson, autre thriller anglais hautement recommandable lui aussi.

Catégories : Actualités

2 commentaires

  1. Frederic Camus dit :

    Hello Olivier,

    à noter que le film a été remaké en 2010, et que ce n’était franchement pas terrible…..

    A bientôt,

    FC

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