Olivier Père

Le Traître de Marco Bellocchio

C’était l’un des meilleurs films présentés en compétition au Festival de Cannes cette année. Le Traître (Il traditore) de Marco Bellocchio sort dans les salles françaises mercredi 30 octobre, distribué par Ad Vitam.

En s’emparant d’un épisode de la vie d’un véritable criminel et de l’une des pages les plus importantes de l’histoire contemporaine de l’Italie, Marco Bellocchio s’attelle à un projet d’une ampleur hors du commun, y compris dans sa propre filmographie. En 1984, Tommaso Buscetta, alias Don Massimo, ancien homme fort de la Cosa Nostra, exilé au Brésil pour échapper à une guerre sanglante entre deux familles de la mafia, est rattrapé par la justice. De retour en Italie, il collabore avec le Juge Falcone pour démanteler la mafia. Considéré comme traître, il refuse de se définir comme un « repenti » et prétend défendre les véritables « valeurs » de la Cosa Nostra face aux crimes des Corleone menés par Toto Riina. Qui des deux est alors le véritable « traître » ? Marco Bellocchio, scrutateur de la société italienne, mène une réflexion sur le changement et la place du repentir dans la conscience humaine. Bien que le sujet du film soit pour la première fois extérieur à sa propre expérience biographique ou intellectuelle, Bellocchio reste fidèle à sa conception du cinéma. La théâtralité y occupe une place importance, que ce soit dans les systèmes de représentations permanentes qu’adopte Buscetta (remarquable Pierfrancesco Favino), homme à femmes, adepte de la chirurgie esthétique, fugitif sous de fausses identités, ou dans la reconstitution des procès anti-mafia, filmés comme des tragi-comédies, avec des détails triviaux et des accès de bouffonnerie qui ne sont pas sans évoquer Shakespeare. Bellocchio refuse de mythifier les chefs de la mafia et s’attache au contraire à les décrire avec honnêteté comme des petits-bourgeois vicieux et médiocres. Le romantisme souvent attaché à la mafia au cinéma tient à sa représentation sous la forme d’une grande famille tragique. Depuis son premier film Les Poings dans les poches en 1965, Bellocchio n’a cessé de clairement désigner la cellule familiale en tant que structure aliénante et destructrice, comme son « ennemie intime ». En toute logique, son dernier et magistral opus s’attaque à la plus monstrueuse et dévoratrice des organisations claniques, sans lui accorder le moindre pouvoir de fascination.

A l’occasion de la sortie en salles du Traître, Les Poings dans les poches de Marco Bellocchio sera diffusé sur ARTE mercredi 6 novembre.

Pierfrancesco Favino (au centre) dans Le Traître de Marco Bellocchio

 

 

Catégories : Actualités · Coproductions

Un commentaire

  1. ballantrae dit :

    A l’évidence l’un des plus beaux films de Cannes et de l’année. Incroyable retour en grâce de Bellochio depuis le début des années 2000 où il a su reinventer son cinéma en scrutant avec précision l’histoire italienne contemporaine. Une mise en scène souveraine jamais prisonnière de systèmes ou de tics. Une manière de magnifier narrativement et plastiquement une histoire et un univers pourtant connus et arpentés notamment via l’excellent docu diffusé sur Arte récemment Corleone (son auteur aura été deux fois mis en lumière cette année : via Desplechin puis avec ce film de Bellochio).

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