Olivier Père

Solo de Jean-Pierre Mocky

Pour rendre hommage à Jean-Pierre Mocky, disparu le 8 août 2019, ARTE diffuse Solo (1970) lundi 12 août à 22h30. Le film sera également disponible gratuitement pendant sept jours en télévision de rattrapage sur ARTE.tv.

La palette de Jean-Pierre Mocky, estampillé auteur comique, est beaucoup plus variée qu’on le pense. Chez lui l’humour et la fantaisie n’excluent pas la mélancolie, la violence et même le tragique. Ainsi, le Mocky de la grande époque a sans doute réalisé certains des meilleurs films politiques français, maquillés en polars de série B. Solo est le premier titre d’une série de films qui traverse l’œuvre de Mocky à partir des années 70. Le cinéaste s’y attribue souvent le rôle principal. Ces films répondent à un canevas immuable : un homme seul est confronté à la corruption, à la violence et à la connerie ordinaires. Il y perdra la vie. Ces thrillers pamphlétaires tranchent avec ses comédies excentriques et entendent dresser un état de lieux de la France et de ses institutions au moment du tournage. Réfractaire à toute forme d’esprit de sérieux ou de discours pontifiants, Mocky préfère alors puiser son inspiration dans les rubriques de faits-divers, les scandales locaux ou dans des romans américains de série noire, dont il adapte l’intrigue dans un contexte tricolore. Le point de départ de Solo est l’analyse à chaud des conséquences immédiates de mai 68 par le cinéaste. Les idéaux révolutionnaires de jeunes gauchistes se sont mués en nihilisme anti-bourgeois, qui les conduit au passage à l’acte terroriste. Le frère aîné d’un des membres du groupe, un escroc individualiste, va tenter de devancer la police et d’empêcher un nouveau carnage. Solo est une course-poursuite dans la nuit menée tambour battant, truffée d’action et d’idées de mise en scène, où l’on sent l’influence du film noir américain. Mocky endosse avec panache la défroque d’un antihéros au cynisme de façade. Son interprétation, ainsi que le thème musical signé Georges Moustaki, nimbent Solo d’un romantisme ténébreux.

Jean-Pierre Mocky dans son film Solo.

 

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2 commentaires

  1. Rymé dit :

    ARTE m’a permis de découvrir quelques films de Mocky ces dernières années (l’ibis rouge, un drôle de paroissien, entre autres).
    Malheureusement beaucoup de ses films sont toujours difficiles à voir, même s’il faut saluer le travail de ESC éditions dans ce domaine…

    Sacré bonhomme en tout cas et qui va laisser un grande vide dans le paysage cinématographique…

    • Olivier Père dit :

      En effet ARTE a diffusé ces dernières années La Cité de l’indicible peur, Le Miraculé, Un drôle de paroissien, L’Ibis rouge et lundi Solo, soit quelques-uns de ses meilleurs films. On peut retrouver les vidéos sur youtube ou mon blog où il en parle. Mais il y a bien d’autres réussites dans sa longue filmographie. Chez ESC éditions il ne faut pas rater Le Témoin et Y a-t-il un Français dans la salle, deux très grands Mocky. Presque tous ses films avaient été édités en DVD par Pathé, mais la plupart doivent être épuisés maintenant. Je recommande particulièrement L’Albatros, Un linceul n’a pas de poche, A mort l’arbitre, La Grande Lessive, La Machine à découdre etc. Mocky va nous manquer c’est sûr, mais ses films resteront.

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