Olivier Père

Boat People – Passeport pour l’enfer de Ann Hui

Dans le cadre de son été asiatique, ARTE diffuse Boat People – Passeport pour l’enfer (Tau ban no hoi /Boat People, 1982) de Ann Hui, mercredi 31 juillet à 22h35 en version restaurée. Le film sera également disponible gratuitement en télévision de rattrapage pendant sept jours sur ARTE.tv.

Le titre international du film de Ann Hui est trompeur. Il ne s’agit pas pour la réalisatrice hongkongaise de raconter la tragédie des « Boat-People », ces migrants vietnamiens qui quittèrent clandestinement leur pays entre 1975 et la fin des années 80, par voie de mer, mais de montrer les raisons de cet exode forcé et périlleux. De nombreux et célèbres films occidentaux ont pour sujet les prémisses ou le déroulement de la guerre du Vietnam, la plupart du temps du point de vue américain, tournés pendant ou après le conflit. Le projet d’Ann Hui, particulièrement courageux, entend décrire la situation du pays dans les années qui suivirent le retrait des troupes américaines et au début de son indépendance. La réalité, longtemps occultée, est catastrophique. Elle apparait au spectateur par les yeux d’un photographe japonais, sympathisant de la cause vietnamienne, de retour en 1978 après avoir couvert la guerre. Il est accompagné par des membres du régime qui l’invitent à visiter et rendre compte des « nouvelles zones économiques » créées par le Parti communiste vietnamien. Très vite, le photographe découvre la triste vérité derrière la propagande : horreur, famine et répression policière. Il tentera alors de porter secours à une famille et une adolescente qui cherchent désespérément à fuir la misère morale et physique de leur condition. Boat People appartient à cette catégorie de films qui ne s’oublient pas, tant par leur sujet que par la puissance de leur mise en scène. Sans aucune fioriture visuelle ni complaisance mélodramatique, le film nous bouleverse par la violence et la tristesse de son histoire, qui est celle de ses personnages mais aussi celle, bien réelle, de tout un peuple sous le joug d’une terrible dictature. Ann Hui a bâti Boat People, ainsi que The Story of Woo Yuet tourné l’année précédente, sur une masse d’informations et d’entretiens collectées à l’occasion d’un documentaire sur les réfugiés vietnamiens, réalisé pour la télévision en 1979. Boat People a récemment été élu meilleur film de l’histoire du cinéma de Hong Kong, aux côtés de In the Mood for Love de Wong Kar-Wai. Il est difficile d’imaginer deux films plus différents. Ann Hui, une des très rares femmes réalisatrices de l’industrie cinématographique de son pays, fut l’une des pionnières de la nouvelle vague du cinéma de Hong Kong, avec Tsui Hark et John Woo. Toujours en activité, elle fait figure aujourd’hui de légende vivante en Chine, et on peut regretter que seulement deux de ses films, au nombre d’une trentaine, aient connu une distribution commerciale en France. Raison supplémentaire pour voir enfin et admirer Boat People, rarement montré depuis sa sortie.

Boat People – Passeport pour l’enfer de Ann Hui

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2 commentaires

  1. sylvia fize-roussel dit :

    Je l’ai pris hélas en route mais je l’ai trouvé passionnant et sans concession,Je me demande s’il était sorti en France ;J’avais vu “a simple life” qui m’avait beaucoup plu car ce n’est pas un sujet qu’on traite au cinéma; Ann Hui est vraiment une grande réalisatrice.

    • Olivier Père dit :

      Vous pouvez rattraper le début du film sur ARTE.tv il y est disponible pendant une semaine. Je crois que Boat People et A Simple Life sont les deux seuls films de Ann Hui qui ont été distribués en France. Boat People avait été montré à Cannes hors compétition sous l’impulsion de Pierre Rissient il me semble.

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